La peur de l'abstention

Par Franck LEFEBVRE, le 19 avril 2002 à 22h22 , mis à jour le 18 avril 2002 à 22h27

L'abstention s'invite à son tour dans le débat électoral. Jeudi soir sur TF1, Lionel Jospin a lancé un appel à l'esprit civique des électeurs, les enjoignant d'aller voter dimanche.

jospin tf1 © INTERNE

Après l’insécurité, voici le deuxième grand invité du débat politique, quasiment à la veille du premier tour de l’élection présidentielle : l’abstention. Echaudés par divers sondages prédisant un nombre record d’abstentionnistes pour ce dimanche (jusqu’à un électeur sur trois), les politiques, particulièrement à gauche, ont adopté au cours des derniers jours un ton très civique. Après les avertissements de Laurent Fabius et François Hollande, Lionel Jospin, invité jeudi soir de TF1, a lancé un nouvel appel aux électeurs. Et il a tenu à replacer à leur juste place les attaques au ketchup, crachats et autres entartages qui ont émaillé la campagne électorale.

Selon le Premier ministre-candidat, "si l’on s'en tient à ces incidents de campagne, si on les grossit, si on en fait l'essentiel, on perd la mesure des choses. Je veux dire, à quelques jours du premier tour, que le droit de vote est une conquête et une chance. Il y a des centaines de millions d'hommes et de femmes sur la planète qui aimeraient pouvoir voter librement." Que l’on fasse allusion à l’abstention, et Lionel Jospin se cabre : ce n’est pas son inquiétude. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre son appel à l’esprit civique des citoyens : "ce droit, il faut l'exercer. La démocratie ne vit pas toute seule, il n'y a pas de démocratie sans citoyen; donc, il faut voter."

"Je ne l'ai pas vu beaucoup agir"

Mais cet appel à ne pas bouder les urnes n’aura pas été exempt de quelques nouvelles attaques contre Jacques Chirac, accusé à demi-mot d’être responsable du désintérêt des citoyens pour la vie politique. "On peut se demander", a ainsi glissé Lionel Jospin, "après ce septennat plutôt creux, s'il n'y a pas une sorte de banalisation, de dévalorisation, de cette élection présidentielle." Le Premier ministre-candidat a par ailleurs répondu à l’accusation "d’inaction gouvernementale" formulée la veille, sur le même plateau, par Jacques Chirac, en notant : "j'ai vu le chef de l'Etat nous faire part de son émotion, de son indignation, je l'ai vu freiner un certain nombre de projets qui étaient les nôtres (…) je l'ai vu se résigner à d'autres mesures que nous avons prises (…) Je ne l'ai pas vu faire des propositions constructives, que ce soit sur la Corse, sur la lutte contre le chômage, et je ne l'ai pas vu beaucoup agir."

L’insécurité n’aura pas pour autant été absente de l’intervention de Lionel Jospin, qui a rappelé son annonce faite au cours de la journée de "neuf mesures pour restreindre la circulation des armes", tout en notant que "rendre responsable l'Etat de l'insécurité, c'est un peu comme si on rendait la police responsable de la criminalité. L'insécurité est une réalité, on doit l'affronter par la répression, mais aussi par la prévention, par la détection précoce, dès l'école, des jeunes qui ont des tentations de violence. Il faut agir vite, et sur l'ensemble des causes de cette insécurité. Je ne fais pas passer au second plan ces questions, mais je veux les traiter autour d'une conception de la société, et non pas faire tout le débat politique dessus."

Photo d’ouverture : Lionel Jospin, jeudi soir, sur TF1 - DR

Par Franck LEFEBVRE le 19 avril 2002 à 22:22
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