© INTERNEVocabulaire de catastrophe naturelle pour lendemain de premier tour : séisme, tremblement de terre, coup de tonnerre, cataclysme, choc… les journaux, de tous horizons, soulignent l'incroyable résultat du 1er tour de la présidentielle : "La gauche jospino-plurielle suicidée, et en finale, un face à face caricatural et à bien des égards honteux, entre Supermenteur et Superfacho", écrit Serge July dans Libération.
"Il fallait pourtant que le mal soit profond"
Le quotidien drape sa Une de noir et barre la photo de l'outsider d'un large "NON". L'Humanité semble encore incrédule : "La France ne mérite pas ça" écrit Patrick Appel-Muller. Chacun s'étonne de découvrir le visage de cette France qui pour la première fois permet à Jean-Marie Le Pen d'accéder au second tour : "Plus de 5 millions de voix soit 20% des suffrages à l'extrême droite, écrit François Erneinwein dans La Croix, (…). Il fallait pourtant que le mal soit profond et les douleurs très vives pour que tant d'électeurs se laissent aller à de telles extrémités". On se souvient de 1969, où la aussi la gauche était absente au second tour. "Encore les deux finalistes d'alors, Georges Pompidou et Alain Poher étaient-ils d'abord centristes", souligne Jean de Belot dans Le Figaro.
Alors, encore sonné par la nouvelle, victime d'une sacrée "gueule de bois", on cherche à comprendre. Comment a-t-on pu en arriver là", s'interroge Le Parisien ? A qui la faute ? Peut-être tout d'abord à "l'abstention massive", avance France Soir, une abstention qui a "atteint un record absolu pour un 1er tour". Mais ça ne suffit pas. La gauche semble s'être tirée dans le pied : "La gauche plurielle a fait meute contre le bilan de Lionel Jospin, le délégitimant un peu plus chaque jour, dans une grande surenchère suicidaire", analyse Serge July. Ca ne suffit encore pas à expliquer. L'éditorialiste du Figaro note le décalage entre le discours et la réalité de ce que vivent les Français. "Décalage que ne résume pas le désaveu porté à la majorité plurielle, trop plurielle, dispersée".
Un boulevard à Jean-Marie Le Pen
La faute à la droite ? "Le chef de l'Etat, en imposant une campagne mono thématique sur la sécurité pendant deux mois, a ouvert la boîte de Pandore", peut-on lire dans Libération… et tracé un boulevard au candidat du Front national. Le Pen "remis en scelle, revenu du diable vauvert, ressuscité de la scission de sa boutique". Après, tout était simple : "Il s'est simplement posé en martyr (faisant croire qu'il n'aurait pas les 500 parrainages)", écrit le Parisien et a assagi son discours estimant même qu'on lui avait fait de mauvais procès et qu'il était "seulement de droite".
C'est avoir la mémoire courte jugent Sandrine Baglin et Marie Nossereau dans France Soir. Les électeurs ont oublié ses petites phrases : "J'avoue encore aujourd'hui ne pas comprendre pourquoi le jeu de mots 'Durafour crématoire' serait antisémite', ou encore les immigrés 'vont nous ruiner, nous envahir, nous submerger, coucher avec nos femmes et nos fils'".
La cohabitation ressuscitée ?
Et maintenant ? "La bataille des législatives commence ce matin pour Jacques Chirac", selon Jean de Belot car Jean-Marie Le Pen pourrait jouer un rôle déterminant lors de triangulaire et redonner un coup de fouet à la gauche. "La cohabitation qui apparaissait improbable redevient une éventualité", selon Serge July. Et l'on songe déjà à une refonte institutionnelle, à une clarification du pouvoir… une sorte d'électrochoc pour oublier celui d'hier.
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