"Quelque chose ne va pas dans la Ve République"

Par Christophe ABRIC, le 22 avril 2002 à 09h46 , mis à jour le 22 avril 2002 à 10h12

Passées la dénonciation et la stupeur, la presse étrangère juge dans son ensemble que les résultats du premier tour sont la résultante d'un ensemble de dysfonctionnements propres à la politique française.

THe Sun, couverture, le Pen © INTERNE

Choquée, mais peu surprise. Dans l'ensemble, la presse étrangère avait passé la campagne à s'étonner des particularités françaises. Elle les a transformées en dysfonctionnements. Le quotidien britannique conservateur The Times s'étonne encore ce lundi en ouverture de la "longévité des politiciens en France", qui semblent "obtenir de meilleurs résultats avec l'âge". Mais surtout, il estime que "les électeurs devraient être choqués de voir ce qu'ils ont fait". Une manière plus policée d'exprimer sa stupeur. Le Sun, le très populaire tabloïd, titre ainsi "Jour de honte pour la France".

"Le résultat que tout le monde craignait, mais que personne n'imaginait possible". Le quotidien The Independent résume laconiquement le choc qui a secoué la France dimanche soir, dans un article qui relativise quelque peu, par ailleurs, la portée de ce résultat. Le journal estime ainsi que l'élection n'a pas "tant été gagnée par M. Le Pen –même s'il a mené une campagne souple, prudente et modérée-, que perdue par Lionel Jospin, un Premier ministre convenable et digne, qui a simplement échoué à se présenter comme un président crédible".

The Independent conclut en estimant que le vrai vainqueur de cette élection est "l'apathie des électeurs" et que le résultat de dimanche montre que "quelque chose ne va pas dans la Ve République". La plupart des journaux européens abondent dans ce sens. En Grande Bretagne toujours, The Guardian estime que la percée de Jean-Marie Le Pen a soulevé "une question qu'un électorat choqué aurait préféré ne pas se poser : à quoi, exactement, sert un président ?", prévoyant une prochaine "crise institutionnelle" si jamais les législatives aboutissaient à une nouvelle cohabitation. En Italie, La Stampa souligne une "fracture sociale entre la politique institutionnelle et les sentiments de la population française". Le quotidien belge Le Soir étend cette fracture à toute l'Europe : "C'est la classe politique européenne qui prend la gifle. En rupture avec l'idéologie, déconnectée des préoccupations des citoyens, concluant des compromis plutôt que des stratégies d'avenir ", la classe politique "n'offre le plus souvent qu'un visage dépolitisé, lisse".

D'autres journaux se penchent sur le cas Le Pen, comme le quotidien espagnol El Pais, qui estime que "plus que le seul symbole du fascisme à la française", le leader du Front National est un "personnage complexe, qui rassemble les votes de la nostalgie, de la haine et de la peur". En Suisse, le Temps pense au contraire que la campagne prudente de Le Pen a payé : il "a cette fois évité les bons mots, les calembours et les gaffes". En outre, "aux électeurs traditionnels de l'extrême droite sont venus s'adjoindre les voix des électeurs totalement sensibilisés par le thème de l'insécurité délibérément mis en avant par le président sortant".

Par Christophe ABRIC le 22 avril 2002 à 09:46
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