© INTERNEtf1.fr — Pouvez-vous préciser les objectifs des manifestations prévues dimanche dans toute la France ?
Roger Cukierman — Le CRIF et les organisations de la communauté juive appellent à manifester dimanche pour exprimer le rejet des actes antisémites, du terrorisme et affirmer leur solidarité avec le peuple israélien pour la paix et la sécurité.
tf1.fr — Les mesures de protection policière des lieux de culte sont-elles suffisantes ou existe-t-il d'autres mesures nécessaires, selon vous ?
R.C. — Je ne suis pas un spécialiste des questions de sécurité. Toutefois, face à ces actes, je crois plus à la répression qu'à la prévention. On ne peut pas physiquement surveiller toutes les synagogues, toutes les écoles, tous les autobus scolaires, toutes les boucheries casher, etc. On ne peut pas mettre un policier devant chaque établissement. Et même si c'était le cas, on a vu à Marseille que cela ne dissuadait pas les agresseurs. Certes, la prévention est nécessaire, mais il est indispensable d'arrêter les coupables, de les mettre en examen et, le cas échéant, de les condamner à des sentences pénales sévères, à titre d'exemple. L'impunité entraîne la récidive.
tf1.fr — De ce point de vue, vous sentez-vous soutenu par la classe politique ?
R.C. — Le monde politique semble prendre enfin conscience du problème. Le 1er décembre, j'avais personnellement soulevé le problème devant le Premier ministre, en présence de 11 ministres et de personnalités de l'opposition. Nous avions remis une liste de 300 incidents, relevés au cours des 18 mois précédents et nous n'avions pas été pris au sérieux. On nous avait rétorqué que les chiffres officiels étaient plus modestes, qu'il s'agissait d'une "violence banale". Certes, mais non seulement nous subissons cette "violence banale", mais nous subissons en plus la violence antijuive.
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Si vous aviez à lancer un appel à ceux qui agressent la communauté juive, que voudriez-vous leur dire ?R.C. — Avant tout, à ceux qui attaquent les synagogues, j'aurais envie de leur expliquer qu'il s'agit de lieux de prière d'un Dieu qui est celui d'Abraham, c'est à dire celui de tous les monothéismes. Il est tout de même lamentable de ne pas comprendre cela. De même, il est humainement lamentable d'agresser des écoles maternelles ou primaires. Nous nous sommes efforcés de développer des relations amicales avec le monde musulman. Certains d'entre eux ont d'ailleurs répondu très positivement à notre main tendue. On ne doit pas transférer le conflit du Proche-Orient en France. Nous comprenons que le monde arabo-musulman a de la sympathie pour la cause palestinienne, de même que les Juifs ont de la sympathie pour la cause israélienne. Mais n'oublions pas que nous comptons malheureusement des morts des deux côtés et qu'aux morts des uns répondent les morts des autres. Le terrorisme a fait de terribles ravages au cours du seul mois de mars, où 125 civils, femmes ou enfants, ont été déchiquetés lors d'attentats terrifiants en Israël. La guerre est affreuse et frappe les deux côtés.
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Depuis la semaine dernière, avez-vous eu des contacts avec les représentants de la communauté musulmane française ?R.C. — Oui, nous avons fait plusieurs interviews communes avec le mufti de Marseille, avec Mouloud Aounit du MRAP, etc. Et je crois savoir que des dirigeants de la communauté musulmane ont lancé des appels sérieux, de même que certains Palestiniens en France, qui ont affirmé que les attaques antijuives n'aidaient pas la cause palestinienne.
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Depuis le lancement de l'opération l'armée israélienne, la semaine dernière, il semble que les explications d'Israël ne passent pas dans l'opinion internationale. Comment expliquez-vous ce blocage ?R.C. — Il est vrai que les images diffusées par les télévisions sont difficiles à supporter. Mais je rappelle que les Israéliens admettent la présence de la presse en situation de guerre, ce que ne font pas les Algériens, par exemple, ni les Américains en Afghanistan. Israël communique très mal et ne diffuse que très peu d'images des victimes de leur camp, ce qui crée une impression de déséquilibre. Il est vrai, en outre, que les malheurs de la population palestinienne sont déplorables et que le sentiment naturel est alors la pitié. En fin de compte, je trouve que la situation actuelle est terrible, car si en juillet 2000 à Camp David, Yasser Arafat avait dit "oui" à Bill Clinton et Ehud Barak, au lieu de leur dire "non", il existerait aujourd'hui un Etat palestinien sur 98% des terres de Cisjordanie, avec Jérusalem-est pour capitale. On aurait économisé la mort de 1.500 personnes et les blessures de milliers d'Israéliens et de Palestiniens. Une occasion historique a été manquée, Yasser Arafat n'a pas su saisir cette opportunité.
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Qu'auriez-vous envie de dire aux Juifs de France, aujourd'hui ?R.C. — Il faut faire preuve de calme et de solidarité, sans envenimer la crise. Personnellement, je suis fier de constater que les Juifs de France n'ont jamais répliqué aux agressions dont ils ont été victimes. La violence aujourd'hui est unilatérale. Et j'espère qu'avec l'aide des pouvoirs publics et de la communauté musulmane, cette violence cessera bientôt.
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