Les Deschiens sur les traces de Monsieur Hulot

Par Matthieu DURAND, le 20 mai 2002 à 07h00 , mis à jour le 16 mai 2002 à 17h18

Grâce aux fondateurs des Deschiens, les films de Jacques Tati ressortent sur les écrans français. Jérôme Deschamps dit son admiration pour ce cinéaste hors normes, auquel le festival de Cannes rend hommage.

playtime jacques tati monsieur hulot film cinéma © INTERNE

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L'intégralité de l'interview
de Jérôme Deschamps

HILARANT !
Répétition des Deschiens
avant l'hommage cannois :
Philippe Duquesne, 
Lorella Cravotta et
Philippe Rouèche (accordéon)
interprètent une
version de
"Pour un flirt avec toi"

Interview de François Ede,
qui a participé à
la restauration de
Playtime

Bande annonce
de Playtime

 

Sur le web

Tativille

Le site des Deschiens

 

 

Non, l’association Tati-Deschiens n'annonce pas un nouveau défilé de mode revu et corrigé par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. C’est de Jacques Tati dont il s’agit, cet acteur et cinéaste hors normes, inventeur de l'inoubliable Monsieur Hulot. Vingt ans après sa disparition, ses films retrouvent le chemin des salles obscures grâce aux deux fondateurs de la troupe théâtrale qui ont créé pour l'occasion Les films de mon oncle. Une affaire de famille puisque la mère de Jérôme Deschamps avait pour cousine germaine la femme de Tati.

tf1.fr : Pourquoi et comment les Deschiens ont décidé de venir à la rescousse de Monsieur Hulot ?

Jérôme Deschamps : Tati a fait Playtime en 1967 et le film a eu du succès, contrairement à ce que certains croient. Mais Tati a été ruiné car le budget du film était absolument considérable. Et Tati a perdu la majorité de ses droits sur ses films (1). Récemment, les droits du "catalogue Tati" devaient être revendus et risquaient de partir à l’étranger. Sophie Tatischeff, la fille de Jacques Tati, m’a appelé au secours et on a convaincu les détenteurs du catalogue de nous céder leurs droits.

tf1.fr : Qu’avez-vous envie de dire à ceux qui connaissent peu ou pas l’œuvre de Tati ?

J. D. : Ce qui me plaît, c’est son regard complètement décalé sur le monde. Playtime ou Mon Oncle sont des films qui traitent du changement de la société, au moment des Trente Glorieuses. C’est un monde avec une architecture nouvelle dans lequel Monsieur Hulot est perdu. Il est tenté de faire comme les autres, de participer à la vie et en même temps, il a un mouvement de recul, avec cette expression de perplexité incroyable. Il a envie de prendre la fuite.

tf1.fr : L’univers des Deschiens est proche de celui de Tati. Sa façon de travailler vous a-t-elle inspiré ?

J. D. : Oui car, un peu comme lui, nous faisons des spectacles où ce n’est pas vraiment le dialogue qui est l’essentiel. Nous avons eu la chance de rencontrer Tati lors de notre premier spectacle, La famille Deschiens, en 1978. Il nous a dit des choses très gentilles… Nous n’avons parlé que de la forme, de ce qu’il faut montrer et ne pas montrer, pas du tout de nos univers. Et c’est ça qui était passionnant.

tf1.fr : Vous allez ressortir en salles les œuvres de Tati, à commencer par Playtime, qui a été complètement restaurée. C’est certainement l’œuvre la plus novatrice de Tati et celle qui a été la moins bien comprise par le public et les critiques…

J. D. : En fait, on ne pouvait plus visionner Playtime parce que le négatif était très détérioré. Nous avons donc procédé à une restauration physique et chimique. Les images abîmées ont été reconstituées puis réintégrées au négatif par numérique. Mais il y avait plus grave : pour des raisons financières, Tati a été contraint de faire des coupes pour que le film dure moins de 2h. Et ces coupes étaient très mutilantes. Avec François Ede et Stéphane Boudet, nous avons mené une enquête pour savoir quelles étaient ces coupes et où elles se trouvaient afin de les réintégrer au film. Nous nous sommes appuyés sur des écrits, des témoignages, comme celui de l’assistante de Tati, et sur des copies non coupées, que nous avons retrouvées.

tf1.fr : Vous avez prévu d’organiser des événements autour des sorties en salles des films de Tati

J. D. : Selon moi, les films de Tati étaient en train de se marginaliser, surtout auprès du jeune public. Il y avait donc des retrouvailles à organiser. Et Tati, en homme de music hall, aimait que les séances de cinéma soient assorties d’attractions. Notre idée était d’associer aux films de Tati notre travail de compagnie théâtrale pour les présenter de façon novatrice. A Cannes, nous allons organiser deux ou trois événements décalés ; les films seront notamment présentés sur une plage, décorée par Macha Makeïeff en s’inspirant de l’univers de Tati. A Chaillot, nous ferons des soirées Playtime en juin, avec diffusion du film, accueil en musique, attractions et un bal où la troupe dansera avec le public.

tf1.fr : Vous comptez détruire le Palais de Chaillot comme le restaurant Royal Garden dans Playtime ?

J. D. : Le Palais de Chaillot est plus solide ! Je crois surtout que les gens vont bien s’amuser et qu'ils vont passer une soirée très particulière.

(1) Les Films de mon oncle détiennent les droits de plusieurs courts-métrages ainsi que Jour de fête (1948), Les vacances de Monsieur Hulot (1952), Mon Oncle (1958) et Playtime (1967). Trafic (1971) et Parade (1972), les deux derniers films de Jacques Tati, ne font pas partie du catalogue.

photo d'ouverture tirée de Playtime.

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de Jacques Tati

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Par Matthieu DURAND le 20 mai 2002 à 07:00
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