© INTERNEJacques Tati, pour le plus grand public, c’est avant tout une silhouette. Longiligne, en équilibre instable, souple et raide à la fois. Celle de Monsieur Hulot. Chapeau mou, pipe, imperméable et parapluie terminent de définir ce personnage par ailleurs mystérieux. Et pourtant, les qualités d’acteur de Tati ne sauraient occulter le talent immense d’un artiste complet, qui a laissé une œuvre cinématographique réduite mais hors normes.
Réalisme et poésie
Sur tf1.fr Les Deschiens Bande annonce Sur le web
Né en 1907, Jacques Tatischeff est "par son ascendance, (…) un métis européen, un quarteron italo-russo-franco-hollandais, et donc assez typique de la population française du 20e siècle" (1). L’école, l’armée puis le club de rugby du Racing Club de France, dont il devient l’un des piliers (au sens propre et au sens figuré), lui donnent l’occasion de multiplier farces, gags et spectacles et de bluffer des publics restreints mais emballés par son génie comique. Lequel s’appuie sur l’art de la pantomime, "qui peut se décrire en deux mots : l’observation et l’invention" (2). L’atelier d’encadrement familial, trop peu pour lui ! Tati préfère se lancer dans le music hall, où ses numéros de mime lui valent de se produire sur les plus grandes scènes d’Europe.
sur les traces de
Monsieur Hulot
Tati (vidéo)
de Playtime (vidéo)
Au lendemain de la guerre, après quelques courts-métrages, Tati alors âgé de 40 ans réalise son premier film, Jour de fête (1947). Il y interprète François, un facteur décidé à distribuer le courrier "à l’américaine". Le succès est colossal. Tati refuse les propositions de suite, comme il tournera plus tard le dos aux ponts d’or que lui feront les studios d’Hollywood. Cette revendication d’indépendance lui permet de créer un univers unique, où le réalisme côtoie la poésie. Le cinéaste est méticuleux, voire tatillon, accordant un grand soin à l’image et au son. Le rire, chez Tati, "naît de la suggestion, de l’inachèvement de l’effet comique et non de son exploitation", explique Marc Dondey (2). Les vacances de Monsieur Hulot (1953) marquent la première des quatre apparitions de ce "personnage lunaire et dégingandé" (2). Un héros qui n’en est pas un puisque dans les films de Tati, "les effets comiques ne sont pas le fait d’un personnage principal mais de tous les protagonistes", pointe Marc Dondey. Une logique à nouveau mise en avant dans Mon Oncle, troisième grand succès de Tati, qui obtient l’Oscar du meilleur film étranger en 1959.
"Démocratie comique"
Avec Playtime (1967), cette "démocratie comique" (3) chère à Tati est poussée à son extrême. Hulot s’efface devant la véritable vedette du film : les décors, construits à grands frais en région parisienne et qui héritent du nom de Tativille. "Playtime ne ressemble à rien de ce qui existe déjà au cinéma", s’exclame François Truffaut. Le public et les critiques ne suivent pas. Tati est ruiné et contraint de céder les droits de ses films (lire l’interview de Jérôme Deschamps). A la fois célébré et incompris, Tati doit à un réalisateur hollandais puis à la télévision suédoise de tourner respectivement Trafic (1971), les dernières tribulations de M. Hulot, puis Parade (1973), un hommage au cirque et au music hall. Cette carrière atypique, récompensée par un César d’honneur en 1982, s’achève la même année avec la mort du cinéaste. Ses films connaissent aujourd'hui une seconde vie grâce à la passion de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff, les créateurs des Deschiens, qui en détiennent aujourd’hui les droits. Merci à eux. Ouarf !
(1) David Bellos : Jacques Tati, sa vie et son art, Seuil, 478 pages, 23€.
L’auteur, britannique, propose un éclairage souvent tendre et parfois cru sur la vie de Tati et son œuvre.
(2) Marc Dondey, avec Sophie Tatischeff : Tati, Ramsay Cinéma, 272 pages, 30€.
Un beau livre, très complet, bien écrit et richement illustré. LA référence.
(3) Michel Chion : Jacques Tati, Cahiers du cinéma, 127 pages, 14,50€.
Une analyse pointue de l’univers créé par Tati. Pour les cinéphiles.
A lire également :
- François Ede et Stéphane Goudet : Playtime, Cahiers du cinéma, 192 pages, 30€.
"S’il existait un journal de travail (de Playtime), je le lirais et avec quelle avidité !", avait écrit François Truffaut à Tati. Les restaurateurs du film l’ont entendu. Un livre superbe, portant la touche artistique de Macha Makeïeff, qui détaille l’histoire et les coulisses de cette œuvre novatrice.
- François Ede : Jour de fête ou la couleur retrouvée, Cahier du cinéma, 120 pages, 20€.
L’histoire d’un film tourné à la fois en couleurs et en noir et blanc… mais longtemps visible que dans cette deuxième version.
A voir :
A noter que les films de Tati existent déjà en DVD mais que de nouvelles éditions, de meilleure qualité et comprenant plus de bonus, seront commercialisées à l’occasion de la ressortie des films en salles.
A écouter :
Dans un superbe digipack illustré et annoté en français et en anglais, la maison de disques Naïve édite un CD consacré aux musiques inoubliables de Jour de fête, Les Vacances de M. Hulot, Mon Oncle et Playtime. Avec en bonus, des extraits de dialogues ou de sons (l'abeille qui taquine François le facteur, les borborygmes du haut-parleur de la SNCF...). Et les images défilent, comme par magie. Un régal.
photo d'ouverture : Jacques Tati dans Les Vacances de Monsieur Hulot (AFP).
e-TF1 n'est aucunement responsable du contenu des sites externes
pour lesquels elle offre des liens.
Retour MYTF1
Chargement en cours...



