© INTERNETf1.fr : Au premier tour de la présidentielle, les Français ont clairement montré leur rejet des politiques en place. Quels sont, selon vous, les facteurs à l’origine de ce comportement ?
Pascal Perrineau : Le divorce entre les partis politiques et la population dans toute sa diversité est aujourd’hui très profond. Si les prémices de la discorde remontent au début des années 80, celle-ci s’est effectivement accentuée lors des dernières élections. Cette crise de la répresentation politique a plusieurs visages. Le premier, ce sont toutes ces poussées d’abstention, de votes blancs et nuls. Le deuxième, la dégradation de l’image des politiques, tant de ses personnels que de ses structures. Les Français ont également l’impression d’être mal représentés par les syndicats, les partis, les leaders politiques. Du coup, le nombre d’adhésions aux partis politiques ne dépasse pas les 2% de la population, un taux parmi les plus faibles d’Europe. Et les partis, totalement exangues, ressemblent plus à des gros clubs qu’à de vrais partis.
Conséquence : la population est à la recherche d’un ailleurs, éventuellement de nouveaux partis. Ceci explique l’éparpillement inégalé des candidatures à la présidentielle comme aux législatives. Et quand ils ne trouvent rien dans ces partis, les électeurs soit se replient sur eux et boudent les urnes, soit ils se tournent vers des partis protestataires (FN, LO) prônant le "sortez les sortants".
-Tf1.fr : A quand remonte la crise des grands partis de gouvernement qui a permis l’émergence d’une multitude d’autres forces politiques ?
Pascal Perrineau : Sous la Vème république, dès le début des années soixante, les forces politiques se sont organisées en quatre grandes tendances. Deux à gauche : les socialistes et les communistes. Deux à droite : les gaullistes et les non gaullistes. Chaque camp s’unissait en une gauche unie et une droite unie lors des élections. C’est ce que l’on a appelé le " quadrille bipolaire ". La rupture de ce système s’est produite après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.
Avant l’élection de François Mitterrand, la gauche rassemblait toute une série de rêves et de protestations. On pensait qu’avec eux on pouvait changer la vie. Et puis, une fois au pouvoir, la gauche a été confronté au réel. Elle s’est apperçue qu’elle ne pouvait pas changer les choses comme cela. Perdant son contenu révolutionnaire, elle est devenue gestionnaire. Sont alors apparues de nouvelles forces -le FN, les écologistes, l’extrême gauche et les chasseurs- dont les déçus de la gauche sont allés remplir les contingents. Hormis les Verts, aucune de ces formations ne rentre dans le " quadrille ", elles ne tolèrent aucune alliance. On est dès alors passé du quadrille bipolaire à ce que j’ai appelé " l’octuor cacophonique ". Résultat : le sytème de partis n’a aujourd’hui plus de lisibilité pour le commun des mortels.
Tf1.fr : Nombre de constitutionnalistes condamnent aujourd’hui la cabale menée par certains politiques contre les institutions de la Vème République et plaident plutôt pour une réforme du système politique. Partagez-vous le même point de vue ?
Pascal Perrineau : Il faut sortir de ce vieux problème français qui veut que quand ca ne va pas on change les institutions. Ce raisonnement est faux. Je pense également que la solution ne réside pas dans une sixième République, que le remède au malaise de la représentation politique ne se trouve pas dans les institutions. En revanche, certaines réformes peuvent répondre à une partie des demandes des électeurs. Je pense notamment qu’il faut passer au deuxième âge de la décentralisation en donnant plus de pouvoirs aux régions, aux intercommunalités, aux mairies… pour que les gens aient enfin la possibilté de dire leur mot. Et puis, peut-être qu’un jour il faudra aller plus loin que le quinquennat et sortir de l’exception française que constitue notre système " semi-présidentiel ". Mais cela ne peut se faire que dans le calme, hors période électorale.
Tf1.fr : Quelle(s) leçons(s) les partis doivent-ils tirer de cette élection ?
Pascal Perrineau :
Tous les partis doivent tirer des conclusions fortes de ces élections sur la manière de faire vivre la démocratie en leur sein. Ils ne doivent plus être de simples machines bureaucratiques. Le malaise organisationnel est profond. Les militants ne s’y sentent pas bien. Ils se sentent exclus du débat démocratique et intellectuel sur les programmes des partis. Par ailleurs, trop de franges de la population sont laissées de côté. Les femmes sont dramatiquement sous-représentées. Il n’existe aucune organisation massive de jeunes. Sont également sous-représentées les couches populaires (paysans, ouvriers, sous-employés…), une caractérisitique qui ne se retrouve nulle part ailleurs à l’étranger dans les grandes organisations sociales-démocrates ou travaillistes. Les personnels politiques doivent également changer leur mode de recrutement et leur discours, arrêter la langue de bois. Ces prises de conscience sont impératives car si ce n’est pas au sein des formations politiques que l’on apprend le respect de la démocratie, où l’apprend-on ?
Retour MYTF1
Chargement en cours...



