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Jacques Chirac a été réélu dimanche président de la République française en bénéficiant d'une déferlante contre l'extrême droite qui lui a permis d'écraser Jean-Marie Le Pen sur le score historique de 82,06% des voix contre 17,94% à son adversaire. Le chef de l'Etat, qui avait reçu le soutien de presque toutes les formations politiques de droite comme de gauche et de la quasi-totalité de la société civile, s'est gardé de tout triomphalisme. "J'ai entendu, et j'ai compris, votre appel, pour que la République vive, pour que la Nation se rassemble, pour que la politique change. Tout, tout, dans l'action qui doit être maintenant conduite devra répondre à cet appel, et s'inspirer d'une exigence de service et d'écoute pour chaque Française, pour chaque Français", a-t-il déclaré peu après l'annonce des résultats. Il est ensuite allé saluer ses partisans qui l'attendaient par milliers sous la pluie place de la République.
Dénonçant une "victoire équivoque, acquise à la méthode soviétique", Jean-Marie Le Pen a affirmé que son score était "une défaite cuisante de l'espérance française". Selon les estimations, si le candidat du Front national est resté stable en pourcentage, il a gagné quelque 500.000 voix sur le score cumulé de l'extrême droite au premier tour.
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"La gauche a fait son devoir et même davantage (...) Les socialistes ne se sont pas trompés de combat", a renchéri le premier secrétaire du PS François Hollande, en prévenant que "la droite aurait tort de s'arroger" cette victoire. La mobilisation de la gauche s'est traduite par une baisse très importante de l'abstention. La participation a progressé de près de 10 points, à 80,74%. De fait, pour la première fois dans l'histoire de la République, un président est élu avec la majorité absolue des électeurs inscrits, dont il a obtenu les deux tiers des suffrages.
Tous les regards vers les législatives
Malgré cette élection de maréchal, Jacques Chirac ne retrouvera véritablement le pouvoir qu'il avait exercé de 1995 à 1997 que si la droite remporte les élections législatives des 9 et 16 juin. Et la question est désormais de savoir si ce triomphe du président sortant peut lui permettre de réunir une majorité présidentielle à l'issue du scrutin législatif. Jean-Marie Le Pen, qui a amélioré son score du premier tour de plus d'un million de voix, même si l'extrême droite régresse en pourcentage, peut continuer à jouer les trouble-fête si ses candidats réussissent à se maintenir au second tour des législatives et donc à imposer des triangulaires qui peuvent coûter des sièges à la droite. Il s'agira donc pour le président sortant de transformer sa réélection en dynamique pour son camp lors des législatives. Cette présidentielle hors du commun peut déboucher sur divers scénarios: une majorité pour le président, une nouvelle cohabitation ou une Assemblée ingouvernable. "Les rires d'aujourd'hui seront peut-être plus grinçants au mois de juin", a menacé M. Le Pen, qui ne sera pas lui-même candidat.
Dans sa première déclaration, le président lui-même a tracé les grandes lignes de son projet : lutte contre l'insécurité, réduction des impôts, réforme des retraites. Il a annoncé la constitution rapide d'un "gouvernement de mission".
Lionel Jospin doit lui remettre sa démission dès lundi. Un nouveau Premier ministre devrait être nommé dans la foulée. Les noms les plus cités pour Matignon sont le DL Jean-Pierre Raffarin, les RPR Nicolas Sarkozy et François Fillon. M. Sarkozy a lancé la campagne des législatives en affirmant que la "cohabitation, c'est la confusion" et que les Français doivent donner "une majorité d'action au président qu'ils ont choisi". Mais la gauche entend bien prendre sa revanche après le désastre du 21 avril. M. Hollande, qui conduira les socialistes au combat, a lancé "un appel au rassemblement de la gauche, condition du succès" pour ce scrutin.
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