© INTERNEA 59 ans, Jean-Pierre Dintilhac doit quitter la tête du plus important parquet de France le 10 juillet pour prendre ses nouvelles fonctions de conseiller à la Cour de cassation. Dans une interview accordée au quotidien Le Monde, le procureur de la République de Paris revient sur les cinq années écoulées. Interrogé sur l’affaire de la Mnef, M. Dintilhac a reconnu avoir commis une erreur en renvoyant Dominique Strauss Kahn en correctionnelle malgré une enquête peu concluante, qui a abouti à la relaxe de l’ancien ministre de l’Economie. "Il y avait des éléments qui justifiaient, et je maintiens cette position, l'ouverture d'une information judiciaire et la mise en examen de M. Strauss Kahn". Mais d’ajouter : "Juridiquement et techniquement, c'est vrai, le réquisitoire du parquet et l'ordonnance du juge d'instruction étaient contestables, en ce qu'ils procédaient probablement d'une erreur d'appréciation. On s'en est aperçu au moment du débat public. Mais rétrospectivement, est-ce que le procès public, qui s'est soldé par une relaxe, n'a pas été en définitive plus profitable à l'intéressé que s'il avait bénéficié d'un non-lieu, rendu en catimini pour des raisons techniques? ", s’interroge le magistrat.
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Corse : "Tout a été fait"
Jean-Pierre Dintilhac a également tenu à saluer le travail du parquet pour rechercher Yvan Colonna, assassin présumé du préfet de Corse Claude Erignac en février 1998. Le procureur s'élève contre les critiques du président Chirac et du nouveau ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui a estimé que tout n'avait pas été fait dans cette enquête. "D'abord, je souhaite dire que mon plus fort regret, en quittant ce parquet, est qu'on n'ait pas réussi à arrêter Yvan Colonna. Mais, très franchement, je pense que le maximum a été fait pour le retrouver. Alors peut-on faire encore plus que le maximum ? Je ne sais pas ce que serait cet "encore plus", étant donné que nous y avons consacré des moyens tout à fait exceptionnels. Dans ce dossier, il y a peut-être eu un peu de malchance, ou un manque de flair, mais sûrement pas une insuffisance de détermination ".
Ne pas rétablir les instructions de classement
Enfin, Jean-Pierre Dintilhac se prononce dans les colonnes du Monde pour le rétablissement des instructions écrites du ministre de la Justice aux magistrats du parquet, pratique qui avait été supprimée par Lionel Jospin. "Je suis fondamentalement contre les instructions de classement, qui sont une perversité du système. En revanche, il est légitime que le garde des Sceaux puisse demander aux procureurs d'appliquer la loi en leur donnant des instructions écrites et versées au dossier. Ces instructions seront de toutes façons soumises à la publicité et au débat contradictoire, lors de l'audience", dit-il.
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