Enfants des rues : la fin du silence

Par Franck LEFEBVRE, le 15 juin 2002 à 07h00 , mis à jour le 13 juin 2002 à 15h52

Un lieu d'accueil destiné aux enfants des rues va être prochainement ouvert à Marseille, à l’initiative de Dominique Versini, secrétaire d'Etat à la Lutte contre la précarité et l'exclusion. Combien sont ces mineurs errants ? Qui sont-ils ?

enfant tzigane © INTERNE

Ils viennent d'Afrique, d'Europe de l'Est, de Chine. Mendiants, prostitués, petits voleurs, on les trouve surtout dans les rues de Paris ou de Marseille. Les plus jeunes ont 8 ans. Pour leur permettre d’échapper à la rue, la secrétaire d'Etat à la Lutte contre la précarité et l'exclusion, Dominique Versini (1) , a annoncé mercredi l’ouverture prochaine à Marseille d’un lieu d'accueil spécifique, le premier en France. Un autre devrait être créé dans la capitale. "Les associations, les travailleurs sociaux sont aujourd'hui en souffrance", s’insurge Dominique Versini. "Ils voient des enfants dans la rue et on ne leur dit qu'une chose : donnez-leur des préservatifs."

Combien sont les enfants des rues ?

La prise de conscience récente du problème favorise les estimations hasardeuses. Les plus alarmistes vont jusqu’à 3000. Les rares chiffres officiels dont on dispose à Paris sont nettement moins importants. Ce sont ceux des foyers de l'Aide sociale à l'enfance et de la brigade de répression du proxénétisme. Les premiers font état de 600 mineurs étrangers accueillis par les structures existantes ; les policiers, pour leur part, annoncent le chiffre de 164 mineurs prostitués à Paris. La secrétaire d'Etat à la Lutte contre la précarité et l'exclusion évoque quant à elle "le millier de mineurs étrangers isolés" qui seraient livrés à eux-mêmes dans les rues de Paris, et autant à Marseille. "Les déclarations de Dominique Versini, extrêmement alarmantes, recoupent une réalité, mais elles sont très exagérées", estime Christophe Caresche, adjoint à la mairie de Paris chargé de la prévention et de la sécurité.

Les études faites sur l’exclusion en France ne prennent pas en compte le problème des enfants isolés ; comme le note l’Observatoire national de la Pauvreté, "la France ne recense pas les mineurs". Il s’agit d’une population mouvante, par définition difficile à comptabiliser. Certains ne sont pas vraiment à la rue, puisqu'ils vivent avec leur famille – c’est le cas de beaucoup de petits Roumains qui mendient dans le métro de Paris ; mais d’autres sont sans parents. Il n’y a pas non plus grand-chose à voir entre des petits Roumains qui vivent en bandes, sous l’autorité du plus âgé, et les jeunes Chinois qui arrivent, grâce à des passeurs, jusqu’au tribunal des enfants de Bobigny, munis d’un papier réclamant leur prise en charge par les services de l'Aide sociale à l'enfance. Une certitude cependant : leur nombre augmente.

Le tiers-monde dans les rues de la capitale

Des associations comme "Aux captifs la libération" ou "Le bus des femmes" tentent régulièrement d’avertir les pouvoirs publics sur le problème le plus criant, celui des mineurs soumis à la prostitution. Avec souvent pour principal résultat de susciter le malaise de leurs interlocuteurs. "Les centres d’accueil sont trop peu nombreux", note Jean-Claude Coiffard, de l’association "Aux captifs la libération". "Et quand nous, associations, tentons d’en créer un, nous nous heurtons à des tas de problèmes. Les élus locaux n’en veulent pas…" La perspective d’accueillir ces jeunes souvent violents, déjà cassés par la vie, en rupture totale avec le monde des adultes et qui se sauvent quand on tente de les aider, en refroidit plus d’un.

Ce n’est donc pas un hasard si la nouvelle secrétaire d’Etat à la Lutte contre la Précarité et l’Exclusion a fait de la question des enfants des rues son cheval de bataille. Au risque de heurter certains acteurs sociaux, notamment les services de la mairie de Paris ou les associations marseillaises spécialisées dans le suivi des mineurs, qui dénoncent chez Dominique Versini des préoccupations plus électorales que sociales.

(1) Dominique Versini est née le 17 juillet 1954 à Rabat. Elle a créé le Samu Social de Paris aux côtés du Dr Xavier Emmanuelli. Elle est également la co-fondatrice de l’association de réinsertion "Traces de Pas". Depuis le début du mois de mai, elle est la secrétaire d’Etat chargée de la lutte contre la précarité et l’exclusion du gouvernement Raffarin.

Par Franck LEFEBVRE le 15 juin 2002 à 07:00
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