© INTERNELa vague bleue déferle sur l'assemblée, et la tristesse de Martine Aubry résume à elle seule le coup dur porté à la gauche plurielle, "gauche plus rien" pour Libération. Un raz-de-marée et des larmes, deux images pour des élections législatives sans ambiguité sur leur résultat, mais qui ne dissipent pas les doutes quant à l'avenir.
Une vague bleue, des doutes en écume
Le Parisien résume en un titre laconique la réserve qui accompagne dans la presse ces résultats : "Trop ?", s'interroge le quotidien, pour qui "l'Assemblée qui a surgi du scrutin d'hier est à la fois légitime et trompeuse. Oui, les Français, activement ou passivement, ont voulu que cela change, mais à ce point là ?". L'ensemble de la presse se pose les mêmes questions, Figaro compris : le journal évoque ceux qui, à droite, "sembleraient presque juger que la mariée est trop belle", avant de mettre en garde l'UMP, qui devra "se défier de tomber dans l'arrogance, organiser la pluralité en son sein, sans tomber dans le caporalisme ni la cacophonie".
Cette prudence tourne à la méfiance dans Libération. Si Jean-Michel Thénard répète les conseils du Figaro, estimant que "la droite doit avoir la victoire modeste si elle veut durer et réussir", Serge July tient à secouer la nouvelle majorité. Il estime ainsi que "la crise n'est pas finie pour autant" et que pour Chirac, "la tragédie commence aujourd'hui : il doit en effet réussir !".
Ainsi, il ne faudrait pas "que la majorité, assurée de sa force nouvelle, suive la pente naturelle du pouvoir qui, de la force mène à l'arrogance, de l'arrogance à la facilité, de la facilité à la défaite", affirme le Républicain Lorrain. Bref, "il lui faudra faire preuve de courage et de hauteur de vue, c'est-à-dire des qualités inverses de celles qui ont assuré son succès", ironise Midi Libre.
Le symbole Aubry
Martine Aubry, femme forte du PS, la dame des 35 heures, battue dans sa circonscription par un candidat UMP quasi-inconnu. Martine Aubry en larmes, épuisée : la photo est dans tous les journaux, tant elle symbolise la défaite d'une gauche plurielle "décapitée et précipitée du sommet de la certitude", juge Serge July, dans Libération. "La défaite de Martine Aubry dans la banlieue de Lille a pour les législatives le même retentissement que celle de Lionel Jospin à la présidentielle. Elle a valeur de symbole national pour une gauche complètement démaillée dans le pays mais elle traduit surtout un sévère échec personnel", estime la Voix du Nord. Ces nombreuses défaites de ténors (Moscovici, Forni, Hue, Voynet), ce "coup de torchon ", oblige la gauche "à se réinventer. En manque de chef, il lui faut reconstruire avec unité et patience, en mettant de côté les ambitions personnelles, les luttes d'appareil et les erreurs qui l'ont discréditée", affirme l'Est Républicain. Elle s'en tire "toutefois honorablement", peut-on lire dans les Dernières Nouvelles d'Alsace. Pour Libération, "elle plie, mais ne romp pas".
Tout n'est pas joué
Partout dans la presse, on a ainsi le sentiment que tout n'est pas joué. En raison de la forte abstention, d'abord : "Dix mois de campagne qui semblent n'avoir passionné que les instituts de sondage, se terminent par un vote qui n'a intéressé que six électeurs sur dix", juge sévèrement le Progrès. Parce qu'on attend du gouvernement Raffarin beaucoup d'action, tout en modestie : "tout est aujourd'hui possible. Et tout est donc exigible", résume Nicolas Beytout dans les Echos. Enfin, comme le note Serge July en fin d'éditorial, parce qu'en "règle générale, en France, les majorités abusives mettent les Français dans la rue".
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