La très médiatique incarcération de José Bové

Par , le 19 juin 2002 à 16h10 , mis à jour le 19 juin 2002 à 16h14

Convoqué à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, le leader de la Confédération paysanne s'est rendu sur place escorté par un cortège de tracteurs. Il a ensuite franchi les portes en tenue de bagnard. Il effectue désormais sa peine consécutive au saccage du McDonald’s de Millau, en août 1999.

bove incarceration bagnard © INTERNE

Il l’avait annoncé. Il a tenu parole. A l’instar de son arrivée en charrette au tribunal de Millau pour son procès en juin 2000, Jové Bové a transformé son incarcération en tribune médiatique du combat des anti-mondialisation.

Mercredi matin, aux alentours de 7 heures, il a tout d’abord pris la route pour la prison de Villeneuve-lès-Maguelone à la tête d’un cortège de tracteurs. Le leader de la Confédération paysanne, parti de son domicile du Larzac, a effectué au volant de son engin pas moins de 160 kilomètres. Grossie de cinq camions de la communauté d'Emmaüs et d'une vingtaine de voitures, la caravane a finalement atteint la banlieue montpelliéraine en début d'après-midi – la convocation pour la prison mentionnait 8 heures du matin.

En bagnard

Avant de se constituer prisonnier, José Bové a organisé un dernier rassemblement sur le parking d’une grande surface située à proximité de la maison d’arrêt. Entouré de 400 sympathisants, compagnons ou de militants d’Attac, de la LCR, du PCF, des Verts, de la FSU, il a dénoncé ce qu’il considère être "le premier acte politique du gouvernement issu des élections législatives du 16 juin" : "la répression du mouvement social". "Mon incarcération consiste à dire très clairement au mouvement social, on n'accepte plus la contestation de la mondialisation" explique-t-il. "Je mène un combat juste et légitime pour l'ensemble des citoyens, pour une meilleure alimentation et surtout pour l'ensemble du mouvement social, les exclus, les précaires, les sans-papiers" ajoute-il.

Ultime "coup" médiatique : le franchissement des portes de la prison, où d’importantes forces de l'ordre avaient été déployées. Dans une bousculade, il est arrivé symboliquement enchaîné aux neuf militants poursuivis avec lui, … en tenue de bagnard, digne de Cayenne. Les dix hommes se sont ensuite désentravés et leur leader a passé seul le seuil.

Jeûne

L’incarcération de José Bové, qui fait suite au saccage du restaurant McDonald’s de Millau le 12 août 1999, aurait dû normalement avoir lieu en mai. Mais le procureur général de Montpellier, Paul-Louis Auméras, avait décidé de la repousser pour éviter le téléscopage avec les échéances électorales. C’est donc lundi matin, vers 11h20, que les gendarmes ont apporté la convocation au domicile de l’intéressé.

La peine prononcée par le tribunal de Millau, confirmée en appel à Montpellier, porte sur trois mois de prison ferme. Le syndicaliste a déjà effectué 19 jours lors de sa détention provisoire en 1999. Avec le jeu des remises de peine et des possibilités de liberté conditionnelle, son avocat estime qu’il devrait rester en prison environ 45 jours -soit une sortie vers début août. En attendant, José Bové a annoncé son intention d’entamer un jeûne "au moins jusqu'au 14 juillet".

(photo : José Bové, deuxième à partir de la gauche, juste avant son entrée dans la prison)

Repères

  • 12 août 1999 : 200 à 300 éleveurs de brebis menés par José Bové dégradent un McDonald's en construction à Millau pour protester contre les surtaxations de roquefort par les Etats-Unis.
  • 17 août : quatre militants sont écroués pendant trois jours mais Bové absent échappe à l'arrestation.
  • 19 août : José Bové se "livre" à la justice devant la presse. Il est écroué à la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone. Il est libéré le 7 septembre moyennant une caution de 105.000 francs.
  • 30 juin/1er juillet 2000 : José Bové et neuf autres prévenus comparaissent devant le tribunal correctionnel de Millau, où se retrouvent pendant deux jours plus de 50.000 militants venus faire le procès de la mondialisation.
  • 13 septembre : le tribunal condamne José Bové à trois mois de prison ferme et huit des neuf autres prévenus à des peines comprises entre deux mois d'emprisonnement avec sursis et 2000 francs d'amende.
  • 22 mars 2001 : la cour d'appel de Montpellier confirme la condamnation de José Bové à trois mois de prison ferme. Il se pourvoit en cassation.
  • 6 février 2002 : la Cour de cassation rejette le pourvoi et confirme définitivement la condamnation.
  • 16 avril 2002 : Paul-Louis Auméras, procureur général près de la cour d'appel de Montpellier, annonce que pour "ne pas polluer le débat électoral", l'incarcération de José Bové interviendra "après le second tour (de l'élection présidentielle)".
  • 19 juin 2002 : José Bové est incarcéré à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier.    

Par Fabrice Aubert le 19 juin 2002 à 16:10
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