© INTERNELe premier discours de Jean-Pierre Raffarin à l'Assemblée nationale, mercredi, aura duré quatre-vingts minutes. Quatre-vingts minutes pour essayer de convaincre les quelques 200 députés qui ne sont pas acquis à sa cause. Parfois dérangé par les remarques sonores d'une opposition remuante, le Premier ministre ne s'est jamais départi de son style bonhomme qui l'habite depuis sa nomination, il y a près de deux mois.
Au final, un discours de facture classique, clairement ancré à droite. Moins d'Etat, baisse des impôts et des charges, réforme du droit d'asile, ouverture du capital d'EDF-GDF, assouplissement de la loi sur les 35 heures
… Jean-Pierre Raffarin a tenu à répéter les promesses formulées avant lui par Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle. Avec une antienne : "Redonner espoir à la France et aux Français".Celui qui affirme vouloir " gouverner pour tous" a affirmé que "le temps de l'action" devait relayer "le temps des élections", une "action caractérisée par la lucidité, le courage et l'espoir". Plaidant pour une "République des proximités", le chef du gouvernement a affirmé que son projet était celui d'une "France porteuse d'un nouvel humanisme", avec quatre piliers : "l'Etat attentif, la République en partage, la France créative et la mondialisation humanisée".
Transfert de compétence vers les régions
Au chapitre des mesures, Jean-Pierre Raffarin a mis l'accent sur les principales préoccupations des Français. Au premier chef desquelles les effectifs de la police et de la gendarmerie qui devraient être augmentés de 13.500 au total sur cinq ans. "La première liberté c'est la sécurité. L'insécurité mine le moral de nos concitoyens, obère leur confiance dans les institutions de la République, affaiblit notre pacte républicain et menace la cohésion de la Nation", a indiqué le Premier ministre. Le secteur de la justice n'est pas non plus oublié, puisque M. Raffarin a annoncé que les effectifs de la justice seraient augmentés "de plus de 10.000" au total sur cinq ans.
Chantre de la décentralisation, Jean-Pierre Raffarin a annoncé qu'un vaste mouvement serait lancé dans ce sens à l'automne en faveur des régions, avec deux projets de loi, un constitutionnel sur le "droit à l'expérimentation" et les référendums locaux, et un autre sur les "transferts de compétences". Ce projet de loi donnera un "droit d'expérimentation" aux régions, autorisera l'organisation de référendums locaux et favorisera également la coopération inter-régionale.
S'agissant des questions de Défense, M. Raffarin a affirmé que la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, "proposera une nouvelle loi de programmation militaire avant la fin de l'année". "Son objectif sera de restaurer la disponibilité de nos matériels, d'avoir des pièces de rechange pour nos chars et nos avions pour qu'ils puissent servir et de moderniser les équipements, tout en consolidant la professionnalisation de nos armées notamment par l'amélioration de la condition militaire", a indiqué le chef du gouvernement. Cet objectif, a-t-il poursuivi, "suppose enfin le maintien de capacités industrielles clés pour la défense, de développer avec ambition les coopérations européennes et de poursuivre activement les restructurations nécessaires, notamment dans les domaines des constructions navales et des armements terrestres".
Ordonnances
Annonçant sa volonté de "réformer et simplifier" la loi de modernisation sociale du gouvernement précédent, le Premier ministre a annoncé aux députés le lancement d'"un plan" pour lutter contre l'illettrisme - "la première des causes de la "fracture scolaire". Des projets de loi sur l'énergie "qui consacrera un rôle accru pour les énergies renouvelables" et une "place reconnue pour l'énergie nucléaire", ainsi que sur les risques technologiques devraient également voir le jour.
Enfin, les députés de gauche ont observé avec ironie les applaudissements de leur collègue de droite au moment ou Jean-Pierre Raffarin indiquait qu'il demanderait à l'Assemblée "l'autorisation de légiférer par ordonnance" pour simplifier l'administration. Le recours aux ordonnances consiste pourtant, pour le gouvernement, à ôter au Parlement une partie de ses prérogatives. La législature 2002-2007, un Parlement de godillots ?
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