Pompiers : les héros sont fatigués

Par Franck LEFEBVRE, le 26 juillet 2002 à 07h00 , mis à jour le 26 juillet 2002 à 02h42

Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi la mise en place d’une "Mission volontariat" pour faire face à la stagnation du nombre de pompiers volontaires. Le problème ne se réduit pourtant pas à une crise des vocations.

pompiers © INTERNE

"Huit pompiers sur dix sont des volontaires. Mais alors que dans les dix dernières années, le nombre des interventions des sapeurs-pompiers a augmenté de 25%, le nombre de volontaires stagne". Celui qui fait ce constat n’est autre que Nicolas Sarkozy. Le ministre de l'Intérieur a décidé de s’atteler au problème : jeudi, il a annoncé la mise en place d’une "Mission volontariat" de six membres, tous parlementaires ou élus locaux. A sa tête, Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes. La mission devra rendre dès fin août un premier rapport, qui sera produit au congrès national des sapeurs-pompiers de Martigues, le 14 septembre.

En apparence, le mal est clairement identifié : manque de motivation, manque de reconnaissance. Etre volontaire s’apparente à un sacerdoce : des semaines de formation, des heures à passer en caserne, les combats contre le feu… tout ceci, en plus d’un métier "normal", et pour une rémunération qui va, selon les grades, de 6,10 à 9,15 euros pour une vacation d'une heure. Des sacrifices qui en rebutent plus d’un. Toute la question serait donc, pour la "Mission volontariat", de trouver les moyens de susciter des vocations nouvelles.

Mais le constat dressé par Nicolas Sarkozy laisse en fait de côté une large partie du problème. En annonçant d’emblée que 80% des pompiers sont des volontaires, il évacue d’un mot les professionnels.

Le cas français

Par la loi du 3 mai 1996, la gestion des pompiers a été transférée des communes vers les SDIS (Service départementaux d'incendie et de secours). Le but en était l’homogénéisation des ressources : la plupart des centres de secours ayant été créés par les communes en fonction de leurs besoins, le maillage du territoire était très inégal. Ce grand chantier a marqué le début d’une révolution culturelle chez les pompiers, les contraignant à toujours plus de professionnalisme, mais ne s’est pas traduit par un surcroît d’embauches. Avec des interventions toujours plus nombreuses et une technicité accrue, il est de plus en plus demandé aux pompiers d’être des "techniciens du risque" ; mais, contrairement à d’autres pays européens comme l’Angleterre, la Grèce ou l’Italie, la France compte toujours une petite minorité de pompiers professionnels.

Pour devenir pompier, la bonne volonté ne suffit plus. Il faut des compétences pointues. Mais on ne peut trop exiger des volontaires. On leur demande pourtant de plus en plus d’être des professionnels sans en avoir le statut ni la disponibilité. Dans les Landes, dont le massif forestier, le plus important d’Europe, a poussé de longue date au recrutement d’un corps important de pompiers professionnels, certains des "forestiers" pointent du doigt ce paradoxe. Les différences dans la sélection ou dans la formation, flagrantes, font souvent grincer des dents ; les missions des uns et des autres, pourtant, sont identiques. Tant que ce paradoxe n’aura pas été résolu, le malaise des pompiers n’aura pas trouvé sa solution.

Par Franck LEFEBVRE le 26 juillet 2002 à 07:00
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