Prendre l'avion en Europe devient-il dangereux ?

Par RP, le 13 juillet 2002 à 11h34 , mis à jour le 12 juillet 2002 à 11h47

Alors que des révélations sur des collisions évitées en Grande-Bretagne suscitent l'inquiétude, la fiabilité du contrôle aérien est pointée du doigt. En cause, le manque d'effectifs.

[Expiré] [Expiré] Sabena Swissair avions sur piste (AFP) © AFP

Le ciel européen est en émoi. Après la catastrophe aérienne du lac de Constance il y a dix jours qui a mis sur la sellette l’efficacité des contrôleurs aériens, voilà qu’un rapport cité par la revue Computer Weekly indique que quatre collisions ont été évitées en une seule semaine en juin dans le ciel anglais. Une nouvelle fois pointée du doigt, la fiabilité du contrôle aérien, les aiguilleurs du ciel britanniques estimant que leur charge de travail a plus que doublé en un an au point de mettre en péril la sécurité des passagers.

Ces inquiétantes révélations n’étonnent pas certains contrôleurs français. Pour Jean-Michel Richard, l’ancien secrétaire national du Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA), " la Grande-Bretagne a procédé à un dégraissage des effectifs dans le secteur et se trouve dans une situation difficile ". Le contrôle aérien y a été en partie privatisée puisque 46% du capital appartient à sept compagnies aériennes. Or, les aiguilleurs du ciel ont justement pour objectif de contraindre ces compagnies aériennes à retarder certains vols si nécessaire pour maintenir la sécurité dans les couloirs aériens. Les compagnies anglaises ont donc en quelque sorte acheté leurs propres gendarmes !

Un objectif, la rentabilité

Beaucoup plus alarmant, les centres de contrôle britanniques n’ont pas hésité à sous-louer la nuit une partie de leurs machines de calculs à des sociétés pour qu’elles effectuent leur comptabilité ou tout autre opération fort éloignée de la sécurité du trafic aérien. La fiabilité du contrôle ferait alors un bon de trente ans en arrière ! Certains Britanniques appellent ainsi en urgence leurs collègues du centre de Brest pour obtenir des informations.

Qu’en est-il de la sécurité du ciel français ? La France fait figure de bonne élève en Europe. " On a su trouver un mode de fonctionnement qui allie sécurité des passagers et bonnes conditions de travail des contrôleurs " assure Jean-Michel Richard. Plus de 600 recrutements d’aiguilleurs ont ainsi été prévus entre 2000 et 2003 dans le cadre d’un accord entre les syndicats et le ministère des Transports.

Conflit entrre Bruxelles et les syndicats de contrôleurs

Cette polémique sur la fiabilité du contrôle aérien en Europe intervient en plein débat sur la réforme du secteur, une réforme voulue par Bruxelles qui souhaite officiellement harmoniser les règles du jeu dans les airs. Mais pour certains syndicats, la Commission européenne veut avant tout créer des capacités supplémentaires pour faire face à l’explosion du trafic, et cela en faisant fi de la sécurité. Le SNTAC a ainsi demandé le " gel " de la réforme et la création d’une " mission d’enquête parlementaire européenne " sur la sécurité aérienne.

Parallèlement, il fait œuvre de pédagogie auprès des compagnies pour les persuader qu’une multiplication des incidents ou des catastrophes aériennes compromettrait à terme la hausse de leur activité. Du bons sens que certains semblent négliger. " Le contrôle aérien reste une activité humaine, conclut Jean-Michel Richard, mais certains pays cumulent les facteurs défavorables ".

Par RP le 13 juillet 2002 à 11:34
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