© INTERNELa salle du tribunal correctionnel a résonné de mots peu chastes, mercredi au Palais de justice de Bordeaux. Au banc des accusés, quatre prostitués ainsi que leurs clients. Ces derniers sont poursuivis pour exhibition sexuelle, une première dans les annales judiciaires.
Les quatre hommes, âgés de 25 à 36 ans, ont été interpellés cet été au moment où, dans leur voiture, ils avaient une relation sexuelle avec une prostituée, dans des rues ou des parkings du centre de Bordeaux. Au terme de l'article 222-32 du code pénal, ils sont passibles d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende. "Je ne savais pas que c'était interdit", explique un jeune homme de 26 ans. La justice lui reproche d'avoir commis cet acte sur un parking, situé le long du très fréquenté quai des Chartrons, "au vu du public", selon le procureur. "Mon intention n'était pas de m'exhiber, et d'ailleurs on était dans un endroit discret du parking", se défend l'accusé.
Pour Me Benoît Ducos-Ader, qui défend un autre prévenu, l'exhibitionnisme ne peut être retenu en absence de l'élément moral, à savoir "la volonté d'offenser la pudeur d'autrui". Avec un sens aiguë de la métaphore, il a dénoncé un "coup médiatique" et "un happening judiciaire", expliquant que son client avait été "liquéfié" de découvrir ce soir-là, en compagnie des policiers, une équipe de télévision qui le filmait, "le pantalon encore baissé". "Aujourd'hui, vous avez fait un tir groupé, avec une audience spéciale fellation", a-t-il ironisé en s'adressant au parquet.
"Un minimum de décence"
"Que la prostitution soit libre ne fait pas de doute", a rétorqué le procureur. "Mais elle doit s'exercer avec un minimum de décence", a-t-il ajouté, précisant pour chaque affaire que le véhicule était stationné sur un lieu public, et que "toute personne passant à proximité pouvait voir les ébats sexuels".
Un psychologue a conclu qu'il n'y avait pas chez les prévenus d'exhibitionnisme "au sens médical". Conséquence : pour chacun d'eux, le ministère public a requis une amende de 1.000 à 1.200 euros et une peine de 600 euros contre les prostituées, dont aucune n'était présente à l'audience. Les décisions ont été mises en délibéré au 9 octobre.
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