© INTERNE"Je pense aux deux candidats placés en tête. Quelle misère !" Deux jours après le premier tour de l'élection présidentielle, Sylviane Agacinski peine à digérer l'événement : son mari, Lionel Jospin, à la tête du gouvernement de la République depuis plus de cinq ans, ne sera pas au second tour. Jeté aux oubliettes de l'Histoire. "J'ai cru que les gens avaient aujourd'hui envie d'une certaine rigueur", soupire-t-elle. "Mais quelque chose m'a échappé". "Le 21 avril, j'ai eu l'impression d'un triomphe de la démagogie, d'une régression politique", lâche-t-elle. Interrogée sur la campagne de Jacques Chirac, elle affirme que "Lionel Jospin a une morale qui lui interdit d'utiliser n'importe quel moyen, y compris dans une campagne", en ajoutant que "cela n'est pas toujours le cas de l'autre côté". Pas de mea culpa à l'horizon.
Ce jour de défaite, on entrevoit un Jospin impassible. Comme groggy. "Il s'assoit et reste un moment sans parler, raconte-t-elle. J'ai affreusement mal pour lui et, en même temps, je n'éprouve presque rien. Je le regarde et je sais que, au moins à cet instant, je ne peux rien pour lui, si ce n'est de rester calme, comme lui".
Dans son "Journal interrompu 24 janvier-25 mai" (Le Seuil), Sylviane Agacinski, philosophe, dit vouloir "esquisser un portrait moral et politique" de l'ancien candidat à l'élection présidentielle, loin des "images caricaturales" trop longtemps entretenues. Elle revient sur les quatre mois d'une redoutable campagne où la communication a parfois en tendance à étouffer le débat d'idées. "Je ne comprends pas pourquoi on le fait courir de tous côtés. Il n'a plus le temps de prendre du recul ni de réfléchir un peu seul", note-t-elle le 13 mars.
"Le 21 avril, j'étais là, c'est vous qui n'y étiez pas"
Interrogée mercredi dans Le Monde, Mme Jospin justifie le retrait de son mari. "On ne peut pas conduire son camp quand on vient d'être battu et faire comme si le peuple ne s'était pas exprimé". Ce principe de responsabilité, Sylviane Agacinski semble vouloir l'opposer à tous. Aux électeurs qui, le 21 avril, se sont tant abstenus. A ceux qui, jugeant le candidat Jospin trop libéral, ont émis un vote plus radical. "Lionel Jospin est un homme conséquent. Il n'y a aucune indifférence de sa part. Les électeurs doivent comprendre que ce qu'ils font a des conséquences". "Parfois, raconte-t-elle, des gens l'interpellent [Lionel Jospin, NDLR] dans la rue en lui disant : Revenez, on a besoin de vous, pourquoi n'êtes-vous pas là ? Il leur répond : Mais le 21 avril, j'étais là, c'est vous qui n'y étiez pas".
Aujourd'hui, le leader socialiste déchu garde le silence. Celui qui, avant l'été, avait dit qu'il ne "resterait pas longtemps inerte", tarde à sortir de l'ombre. La rentrée politique et les difficultés du gouvernement Raffarin pourraient prochainement lui fournir un angle d'attaque. A ce sujet, Sylviane Agacinski indique ne pas "avoir la réponse", indiquant simplement qu'il "s'exprimera à nouveau lorsqu'il l'aura décidé et qu'il le fera lui-même". "Pour l'instant, il est en retrait. Mais nous continuons d'être intéressés, impliqués et même engagés dans la vie politique".
Sylviane Agacinski, Journal interrompu 24 janvier-25 mai" (Le Seuil, 14€)
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