© INTERNEC'est la fin d'un feuilleton qui durait depuis plus de trois ans. L'ancien haut fonctionnaire du régime de Vichy purgeait une peine de 10 ans de réclusion pour sa responsabilité dans la déportation de juifs pendant la seconde guerre mondiale. Récit d'une journée historique autant que polémique.
09H00 : la cour d'appel de Paris décide de remettre en liberté Maurice Papon, 92 ans. Son état de santé est jugé incompatible avec un maintien en détention. "Il ressort des conclusions convergentes des experts que Maurice Papon présente un faisceau de pathologies engageant le pronostic vital et que son état de santé est durablement incompatible avec la détention", écrivent les magistrats dans leurs attendus. L'ancien ministre retourne donc dans sa résidence de Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) "sous la surveillance du juge de l'application des peines du tribunal de grande instance de Melun" et il devra informer ce dernier "de toute modification de son lieu de résidence ou de son hospitalisation", précise la cour d'appel.
Les avocats de Maurice Papon ne veulent pas en rester là. "C'est une grande victoire. Il ne reste plus grand chose de sa condamnation et nous allons nous attacher à ce qu'il n'en reste plus rien en saisissant la commission de révision de la Cour de cassation", déclare Me Francis Vuillemin.
09H45 : les premières réactions ne tardent pas à tomber. Une décision "navrante", selon la Licra. "Sa détention était plus douce que le sort de ceux qui ont subi ses décisions à Bordeaux et n'ont pas eu comme lui la chance même de rester en prison".
10H00 : ouverture du Conseil des Ministres à Elysée. Au menu, le projet de loi du ministre des Affaires sociales François Fillon prévoyant l'assouplissement des 35 heures. Et l'attitude à adopter par rapport à la décision de la cour d'appel de Paris.
10H30 : les grands acteurs du procès Papon ne cachent pas leur rancœur. L'avocat Serge Klarsfeld "regrette" la décision de la cour d'appel de Paris de remettre Maurice Papon en liberté. Il estime qu'il y avait un "risque de trouble à l'ordre public". Me Gérard Boulanger, le principal avocat des parties-civiles, parle d' "alibi médical". Le président de l'association des familles des victimes de la déportation, Michel Slitinsky, qui a œuvré des années durant pour traduire Maurice Papon devant un tribunal, ne contient pas son émotion. "On n'a pas tenu compte du fait que Papon, en octobre 1942, a fait extraire de leur lit six juifs atteints de pathologie cardio-vasculaire comme lui" pour les mettre dans des convois. Il s'emporte : "C'est une mesure que l'on doit mettre en parallèle car elle témoigne de l'incompétence des magistrats qui viennent de se fourvoyer dans une libération dont les conséquences sont imprévisibles".
Indignation partagée par le MRAP (mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples), l'UEJF (l'Union des étudiants juifs de France) et la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes).
Maître Jakubowicz, avocat des parties civiles au procès Papon n'attend qu'une chose : "Maintenant, que Papon ferme sa gueule et que les médias fassent leur métier avec éthique !" "Il ne faut pas que cette décision devienne une jurisprudence Papon mais qu'elle s'applique immédiatement à tous les vieillards détenus en prison ainsi qu'à toutes les personnes malades qui n'ont rien à y faire et qui ne bénéficient pas des appuis dont Maurice Papon bénéficie", lance-t-il.
10H45 : pressée de réagir, la classe politique sort du bois. Elisabeth Guigou (PS), a jugé la décision de remise en liberté "consternante pour les victimes". Marie-George Buffet, la secrétaire nationale du PCF, se dit "indignée". "Si son état de santé a été jugé comme nécessitant sa libération, je n'ai pas de commentaire à faire", considère François Hollande, le premier secrétaire du PS. L'ancienne garde des Sceaux socialiste Marylise Lebranchu souligne que la cour d'appel de Paris est une "juridiction souveraine" qui avait "tranché".
11H00 : à la sortie du conseil des ministres, Dominique Perben est assailli par les journalistes. Il "prend acte" de la décision des juges, tout en rappelant qu'elle était "contraire au point du vue" de la Chancellerie. "Nous estimions que son maintien en détention était nécessaire compte tenu de la gravité des faits qui lui étaient reprochés". Interrogé sur un éventuel pourvoi en cassation du parquet général, M. Perben attend d'"analyser le texte de la décision de la Cour d'appel de Paris" pour voir si un tel recours est possible.
12H50 : une indiscrétion de source judiciaire tombe comme un couperet : le parquet général de la cour d'appel de Paris ne formera pas de pourvoi en cassation contre la décision de remise en liberté de Maurice Papon en raison de son état de santé. Il s'agit d'une décision "qui relève de l'appréciation souveraine des juges de fond et ne permet pas un pourvoi," précise-t-on.
13H35 : Maurice Papon quitte la maison d'arrêt de la Santé. Vêtu d'un pantalon de velours côtelé couleur tabac et d'une veste de chasse matelassée, boitant légèrement, il fait quelques pas avant de s'engouffrer à l'avant de la Safrane bleue marine conduite par l'un de ses deux avocats, Me Jean-Marc Varaut. Pas un mot en direction des journalistes. Autour de M. Papon fusent des cris rageurs de passants ou d'enfants de déportés. On peut entendre : "Papon en prison", "Assassin", "C'est honteux" ou "T'as trop de sang sur les mains". L'ancien fonctionnaire de Vichy reste impassible.
14H15 : Maurice Papon arrive dans sa maison de Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne). Il devrait y retrouver ses deux filles.
15H20 : en signe de protestation contre la libération de l'ancien ministre, le PCF appelle à un rassemblement jeudi à 18h30 à Paris à l'emplacement de l'ancien Vélodrome d'hiver, dans le XVe arrondissement.
15H50 : Act-Up considère que 1.000 détenus malades devraient être libérés conformément à la "jurisprudence Papon". Mais "visiblement, leur santé ne vaut pas celle d'un complice de crime contre l'humanité", indique l'association.
16H15 : le député Vert Noël Mamère dénonce une "insulte à la mémoire des juifs déportés dans les camps et à la mémoire de ceux qui l'ont traqué pendant des décennies pour que la justice passe".
16H50 : l'UEJF veut manifester jeudi devant le domicile de Maurice Papon. L'association annonce que 50 militants iraient devant son domicile de Seine-et-Marne "pour lui rappeler le nom de chacune de ses victimes".
17H45 : le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, juge "logique" la libération mercredi de Maurice Papon "compte tenu de son âge et de son état de santé", tout en comprenant ceux "qui sont amers et tristes devant cette mise en liberté".
19H20 : sur LCI, Philippe Douste-Blazy, secrétaire général de l'UMP, déclare "comprendre l'émotion et la colère des parties civiles", tout en notant : "il se trouve que les expertises médicales ont été données, il se trouve que la justice a tranché".
Au terme de cette journée, Maurice Papon passe sa première nuit de liberté chez lui, en Seine-et-Marne. Il est libre d'aller et venir ; il n'est pas en résidence surveillée. Mais un dispositif de sécurité est mis en place autour de sa résidence de Gretz-Armainvilliers.
Photo : Maurice Papon à sa sortie de prison
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