© INTERNEDans un dernier hoquet, le petit train touristique s'arrête à hauteur du pont romain. Une voix robotisée résonne alors contre les murs de la ville médiévale : "Le 22 septembre 1992, à 15h59, l'Ouvèze enjambe le pont. Le torrent de boue dépassait son niveau normal de 17 mètres".
Les yeux écarquillés des visiteurs plongent vers le filet d'eau qui ruisselle en contrebas. "Le tumulte emporta tout sur son passage...", poursuit la bande-son. Des images de caravanes s'écrasant contre le pont resurgissent dans les mémoires. 46 morts, un bilan humain deux fois plus lourd que les inondations du Gard cette année.
"Et ça, on l'entend quinze fois par jour, on en a marre...", lance un restaurateur. Ici, les "événements", comme on les appelle pudiquement, on "s'est empressé de les oublier", ajoute une commerçante. Pour les dix ans de la catastrophe, dimanche, "on fera quelque chose de très soft", avoue Patrick Fabre, maire socialiste élu en 2001 : des dépôts de gerbe et un mini-concert de piano interprété par les enfants d'une victime.
Le premier magistrat, adjoint sous l'ancienne municipalité, aligne les mesures prises depuis dix ans. Toutes les constructions aux abords de l'Ouvèze ont été interdites. Soixante-dix habitations (dont un lotissement entier) ont été rasées. Le lit de l'Ouvèze a été élargi et les berges renforcées. Le camping a été déplacé sur les hauteurs... "Si on avait une crue semblable, les risques humains seraient considérablement limités", assure M. Fabre.
Cicatrisation
"Je suis confiante, peut-être pas à 100% mais à 90%" : Françoise Schlouch et son mari Alain, biologiste, ont rouvert leur laboratoire d'analyses médicales dans la même zone artisanale frôlant l'Ouvèze qui avait été dévastée en 1992. "Déménager ? En plus de rebâtir, il aurait fallu racheter un terrain. Les assurances ne paient pas pour ça". Une nouvelle zone artisanale avait été créée plus haut mais seulement deux sociétés y sont allées, précise la mairie. Les restaurants et commerces à proximité du pont romain ont également rouverts. "Il fallait bien continuer", lance Jean-Marie Brice, chef de La Taverne Alsacienne. Le pont romain finit dans sa cuisine. Le 22 septembre, un "torrent" passait par sa porte d'entrée, traversait la salle du restaurant et ressortait par les fenêtres.
Installé depuis 1985, ce chef lorrain "ne pouvait pas faire autrement" que de rester. "Maintenant, le niveau monte moins, grâce aux aménagements", ajoute-t-il. Sur le plan psychologique aussi, "la cicatrisation a été bonne", estime le docteur Patrick Bellet. Acupuncteur spécialisé dans l'hypnose, il a organisé en 1992 et 1993 des réunions entre généralistes et spécialistes pour aider au traitement des névroses post-traumatiques. Le docteur a personnellement suivi 23 cas, dont le plus long a duré sept ans. "Aujourd'hui, personne ne vient me revoir".Mais cette résurrection a un coût. Les travaux auront coûté 26 millions d'euros environ, dont près de 8 à la charge de Vaison (6.000 habitants). "On plombe une municipalité pour 15 ans", admet le maire. "La solidarité nationale devrait prendre la totalité", lance son prédécesseur, Claude Haut, aujourd'hui président PS du conseil général de Vaucluse.
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