Allons-y gay au Mans !

Par RP (avec Afp), le 18 octobre 2002 à 19h40 , mis à jour le 17 octobre 2002 à 19h51

A l'initiative de la mairie, une trentaine de commerçants ont signé une "charte d'accueil et de bienvenue lesbian and gay friendly". L'opération suscite un intérêt médiatique inégalé pour une ville comme Le Mans.

gay pride 2001 © INTERNE

Devant le nombre d’appels de journalistes, Jean Claude Boulard a le sourire. " Si seulement toutes nos initiatives pouvaient susciter autant de curiosité médiatique " explique, amusé, le maire PS du Mans. En effet, si " l’objectif n’était pas de surmédiatiser l’opération " comme il l’explique, c’est raté. Entre articles de presse et reportages télévisés, sa ville vient de se créer une nouvelle réputation :elle est devenue " lesbian and gay friendly ". Nouvelle ? Seulement pour ceux qui ne connaissent pas bien le Mans. En effet, la ville a depuis longtemps une tradition de tolérance. Soutien au Pacs depuis le début, financement municipal d’un char à la Gay Pride parisienne et surtout présence dans cette ville d’une communauté homosexuelle très dynamique et festive.

Pour pousser son avantage, la ville du Mans est donc allée plus loin. Des commerçants, essentiellement des cafés, restaurants ou hôtels, les associations gays et lesbiennes, l'Office du tourisme et la municipalité ont signé une "charte d'accueil et de bienvenue lesbian and gay friendly". Concrètement, un drapeau arc-en-ciel (le Rainbow flag) sourit désormais sur les vitrines d'une trentaine de commerces au Mans. Et de nouveaux commerçants auraient déjà souhaité se joindre à cette initiative lancée en début de semaine.

Au premier abord, si cette opération peut paraître accentuer la discrimination, le maire s'en défend et explique avec passion son initiative. "L''objectif, c'est de faire vivre ensemble homos et hétéros. Il est bon que des gays puissent s'informer sur la vie de leur communauté dans des commerces non connotés. Il faut décloisonner et éviter de créer des ghettos." Un "anti-Marais" en quelque sorte, le quartier parisien où la communauté homosexuelle a pris ses quartiers…

"Les associations revendiquent le droit à l'indifférence mais, pour y arriver, nous sommes obligés de passer par l'étape du droit à la différence", explique de son côté Philippe Lambert, le président de l'association gay et lesbienne de la Sarthe, qui pointe "un certain retour à un ordre moral, pas bon pour la communauté gay".

Une clientèle festive

Politique, cette charte n'est pas non plus sans arrière-pensées économiques. "Double income no kids" comme on les appelle aux Etats-Unis (double revenu sans enfant), les gays sont en effet une cible privilégiée pour les commerçants compte tenu de leur pouvoir d'achat. "Si cette opération peut permettre à certains commerçants d'y trouver leur compte, tant mieux" s'exclame le président de l'Office du Tourisme de la ville qui concède avoir été un peu "surpris" par cette initiative municipale.

Le maire Jean Claude Boulard voit, lui, encore un peu plus loin. "Pour les créatifs, les artistes et les gens de la mode qui en ont marre de vivre à Paris, le Mans est une ville accueillante et une autre solution ". Le slogan de la ville n'est-il pas " Vous aimez Paris, venez donc vivre au Mans ! ".

Photo de Une : "le Rainbow flag", Gay pride de Paris en 2001 (AFP)

Par RP (avec Afp) le 18 octobre 2002 à 19:40
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