Attentats de 95 : la tristesse des victimes

Par afp, le 15 octobre 2002 à 19h49 , mis à jour le 14 octobre 2002 à 19h56

Après deux semaines de débats, la cour d’assises spéciales de Paris entend depuis ce mardi les parties civiles.

proces attentats 95 © INTERNE

La souffrance intacte, quotidienne, des victimes de l'attentat de Saint-Michel en 1995 a imposé mardi un silence presque religieux dans la cour d'assises de Paris, pour la première fois détâchée des contingences juridiques pour ne s'intéresser qu'au souvenir. Secrétaires, retraités, employés, étudiants, petites gens qu'on croise dans le RER parisien en fin d'après-midi, ont livré le récit d'un calvaire mué sept ans plus tard en gouffre sans fond.

"J'ai senti dans tout le corps une décharge électrique", se souvient Josiane Loiseau. "Ils me mettaient dans le coma artificiel pour pas que je souffre trop. Je suis restée comme ça deux semaines". La voix éraillée, Noëlle Szczepanski, estime avoir eu de la chance. Physiquement. "J'ai vu ce qu'il ne fallait pas voir. Pendant des nuits, j'ai baigné dans le sang".  Comment s'habituer à l'insupportable ? Les proches perdent patience, certains profitent même de cette soudaine faiblesse. C'est donc parfois dans la solitude qu'il faut s'accepter boiteux ou sourd, effrayé à chaque bris de glace ou hystérique au plus petit cri d'enfant. 

"Vous n'avez pas de code d'honneur"

Rares sont ceux qui ne s'adressent pas aux accusés. Beaucoup demandent "pourquoi", espèrent un pardon ou une revendication. Mais tous repartent bredouilles, attérés par le silence. Et quand la voix est claire à la barre, c'est pour que les larmes coulent, violemment, sur le banc du public.Et puis il y a tout ceux qui n'étaient pas là, n'ont rien vu mais ont perdu beaucoup. Alors ils se construisent un réel atroce. "Il y avait des pièces de monnaie qui étaient dans sa poche et qui avaient fondu. C'est une image qui me hante", sanglotte Isabelle-Marie Groll, nièce de Jacques, mort le 25 juillet. 

"Vous vous conduisez comme des gamins ! Vous avez demandé une cour martiale. Mais vous n'êtes pas militaire. Vous n'avez pas de code d'honneur !", clame Marc Aupaix, fils d'Annie, à Boualem Bensaïd, auteur principal présumé. Formidable de dignité, Roland Froment, qui pleure son fils Pierre-Henri, mort cinq mois après l'attentat, évoque la compagne du défunt, sa première fille née quelques mois avant l'explosion, et la seconde, née le jour même de ses funérailles.

Puisque le quotidien des hommes ne fait pas douter Bensaïd, il en appelle au religieux: "il y a une justice divine, il existe un jugement dernier. Pensez-vous qu'on puisse se présenter ce jour-là devant Dieu, avec sur les mains le sang des victimes innocentes ?".  Smaïn Aït Ali Belkacem n'est pas fier. Voûté dans son box, très attentif, il lâchera quelques larmes en fin de journée. Bensaïd, lui, n'aura guère vacillé que quelques instants. Il rouspète qu'on l'accuse, encore et encore. Puis il fermera les yeux. Assoupi ou en prière. Absent.

(photo d'archives : les familles à l'ouverture du procès le 1er octobre)

Par afp le 15 octobre 2002 à 19:49
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