© INTERNELa méthode vient en droite ligne des Etats-Unis. Elle est inspirée du "compstat", mis en place en 1993 à New-York pour lutter contre la hausse de la délinquance. Le principe est simple : réunir, à intervalles réguliers, les "bons élèves" et les "mauvais" en matière de lutte contre la criminalité. La première réunion de ce genre en France va être inaugurée aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, qui recevra les préfets, les directeurs départementaux de la Sécurité publique et les officiers commandant les groupements de gendarmerie des dix départements qui ont connu les plus fortes hausses ou les plus fortes baisses en la matière. D’autres réunions semblables devraient suivre tous les mois. En annonçant leur mise en place, début septembre, Nicolas Sarkozy avait voulu faire de ces rencontres mensuelles le symbole de la "culture du résultat qui s'impose à tous".
Pour cette première réunion, selon des chiffres non officiels, les "heureux nominés" sont : dans la catégorie "plus forte hausse de la délinquance", l'Ardèche, l'Ariège, le Cantal, la Lozère et la Marne ; dans la catégorie "plus forte baisse", le Lot, le Morbihan, le Rhône, le Var et la Vienne. Les premiers annoncent des hausses comprises entre 20 % et 42 % en août 2002 par rapport au même mois de l’année précédente. Les seconds affichent des baisses qui vont de 16 % à 22 %. Un classement qui suscite d’ores et déjà quelques grincements de dents…
Scepticisme des élus
Si les préfectures restent très discrètes sur ces estimations, les élus affichent plus facilement leur scepticisme. Dans le Var, pourtant cité comme l’un des "bons élèves", Jean-Pierre Guercin, maire DVD de Brignoles, remarque que la délinquance reste à un niveau très largement supérieur à la moyenne nationale... et que la baisse n'est pas uniforme dans le département. S’il note dans la population de sa ville un "sentiment de régression de l’insécurité" qui reste "très subjectif", celui-ci ne s’appuie que sur une "légère inflexion" des chiffres de l’insécurité au cours de l’été. Au contraire, dans des départements comme la Lozère ou l’Ardèche, l’entourage des élus souligne les très faibles taux de délinquance observés : "même si on raisonne en pourcentages d’évolution, ce qui biaise les chiffres, mieux vaut vivre en Ardèche qu’en Seine-Saint-Denis !"
C’est bien le fond du problème. Le critère retenu est en effet celui du pourcentage de hausse ou de baisse de la délinquance. Il ne tient pas compte du nombre de délits en plus ou en moins. L’un des "mauvais élèves", la Lozère, qui a connu 20 % d’augmentation de la délinquance, ne doit ce mauvais chiffre qu'à 46 faits constatés supplémentaires : "20 % de 0, ça ne fait pas grand-chose !", résume-t-on dans l'entourage d'un élu local. A l’opposé, 141 délits en moins ont permis au Lot d’afficher une baisse de 22 %. A titre de comparaison, le Var, qui ne connaît "que" 20 % de baisse de sa délinquance, a comptabilisé 2.000 faits délictueux de moins que l’année précédente…
Photo d'ouverture : Nicolas Sarkozy - archive
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