La conditionnelle mise à mal par Patrick Henry ?

Par (afp), le 09 octobre 2002 à 08h34 , mis à jour le 09 octobre 2002 à 08h38

L’arrestation pour trafic de drogue du meurtrier du petit Philippe Bertrand alors qu’il bénéficiait d’une liberté conditionnelle pourrait jouer contre cette mesure destinée à permettre aux détenus de se réinsérer progressivement.

patrick henry 2002 gros plan © INTERNE

"La réinsertion est une chose extrêmement difficile et la liberté conditionnelle est un pari sur l'avenir. Mais ce n'est pas parce qu'un échec survient qu'il faut la remettre en cause". Me Henri Leclerc, qui a défendu des dizaines de délinquants au passé pénal souvent très lourd, s’inquiète des conséquences de la rechute de Patrick Henry. Il craint que la médiatisation du cas Henry puisse entraîner les juges d'application des peines et les juridictions régionales d'application des peines, chargés d'accorder cette mesure (5.847 détenus concernés en 2001, selon l'Administration pénitentiaire) à se montrer plus "restrictifs".

Ce discours est relayé par l'ancien garde des Sceaux Elisabeth Guigou (PS). "Ce qui est très pénible, c'est de voir que cette rechute va évidemment porter un coup important à toutes les tentatives de réinsertion", a déploré l'ex-ministre dans les couloirs de l'Assemblée nationale. Même son de cloche du côté de l'Observatoire international des prisons (OIP). "On ne doit pas se servir de la notoriété de Patrick Henry pour donner un tour de vis supplémentaire en prison et remettre en cause la libération conditionnelle et les aménagements de peine", estime son président, Patrick Marest.

"Garder un oeil sur les détenus"

Argument avancé: la "rechute" d'un détenu, si elle n'est pas souhaitable, est relativement "normale", et ne doit pas remettre en cause l'existence même d'un principe qui peut s'avérer efficace pour d'autres. "La prison n'est pas un lieu de sainteté, et par rapport à la façon dont elle fonctionne il ne faut pas trop attendre des gens qui en sortent. Le trafic, par exemple, n'y est pas considéré comme une chose grave. Et ce dont est soupçonné aujourd'hui Patrick Henry ne représente pas grand chose par rapport à ce pourquoi il a été condamné", avance la sociologue Anne-Marie Marchetti, spécialiste des condamnés à perpétuité.

Surtout, la liberté conditionnelle est "le meilleur moyen" de préparer un détenu à sortir de prison, spécialement les "longues peines", qui affrontent le jour de leur libération un monde qu'ils avaient parfaitement oublié, dont ils ont perdu les repères essentiels. "On ne sort pas indemne d'une longue incarcération. Beaucoup de gens sont cassés, leur seuil de tolérance à la frustration est souvent très faible alors que la société leur demande d'être plus exemplaires que n'importe qui", juge Anne-Marie Marchetti.

"Le taux de récidive des personnes qui ont été libérées sous le régime de la liberté conditionnelle est de loin très inférieur à ceux qui ont effectué l'intégralité de leur peine. C'est une mesure qui marche bien", résume Henri Leclerc.

Par (afp) le 09 octobre 2002 à 08:34
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