La justice selon Vergès

Par , le 04 novembre 2002 à 11h49 , mis à jour le 30 octobre 2002 à 12h20

A l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage "le Dictionnaire amoureux de la justice", Jacques Vergès nous livre sa vision de la justice et nous expose en avant-première son plan d'attaque en cas de rejet par la Cour de cassation de la révision de la condamnation d'Omar Raddad.

verges plateau © INTERNE


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En 1984, le ministère de la Justice publiait le Petit guide pratique de la justice pour informer les Français sur ce grand service public. Un ouvrage conventionnel où les termes "erreur judiciaire", "vérité" ou encore "ordre public" n’avaient pas de place. En réaction, le très médiatique et sulfureux avocat du barreau de Paris, Maître Jacques Vergès, publie cette semaine aux éditions Plon, le Dictionnaire amoureux de la justice. Un ouvrage didactique, sans vérités tranchées ni certitudes établies. Simplement le point de vue d’un homme qui ne vit que par et pour sa passion : défendre. Sartre disait "l’enfer, c’est les autres". Maître Vergès se plaît à dire que "les autres, c’est son paradis". Il a accepté de parcourir avec nous quelques lettres de l’alphabet de son dictionnaire.

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  • A… comme Amour. Pour maître Vergès, tout être humain mérite d’être défendu, quel que soit la nature des faits qui lui sont reprochés. Qu’il s’agisse d’un Omar Raddad ou d’un Klaus Barbie, il faut quelque part "aimer" ses clients pour bâtir une bonne défense, mais ceci ne signifie par pour autant qu’il faille "épouser leur cause". Tout est question "d’honneur, pas de morale".

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  • L… comme Liberté. S’il n’éprouve aucune sympathie pour lui, Jacques Vergès aurait pu défendre Maurice Papon. Il salue le combat mené par ses confrères pour obtenir sa libération anticipée car elle sera bénéfique pour l'ensemble des malades et grabataires qui croupissent derrière les barreaux.  

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  • E…comme Erreur judiciaire. Affaire Dreyfus, Ranucci, Daalouche, Raddad… Selon Maître Vergès, les erreurs judiciaires sont "beaucoup plus fréquentes qu"on ne le croit". "Dès le départ, l'erreur est dans l’œil de l’enquêteur et du juge". Il revient sur les nombreuses "négligences" qui ont marquée l’enquête sur son client Omar Raddad.

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  • L'affaire Raddad n'est pas terminée... La chambre de révision de la Cour de cassation se prononcera le 20 novembre prochain sur l'affaire du jardinier marocain. Si elle confirme la condamnation d’Omar Raddad, Jacques Vergès est prêt à se battre jusqu’au bout pour laver l’honneur de son client dont il est convaincu de l’innocence. Il nous livre en avant première son plan de bataille qui se déroulera devant la cour européenne des droits de l’homme.

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  • S…comme Stratégie judiciaire. Nombre de ses confrères reprochent à Jacques Vergès sa démesure dans l'action, le mystère qu'il entretient autour de son passé, et son utilisation abusive des médias pour discréditer des décisions de justice qui ne lui conviennent pas. Pour l'intéressé, le principal problème posé à travers certaines critiques sur sa personne, est le rôle joué par les médias. "Si ces derniers s’intéressent aux faits divers, c’est parce qu’ils intéressent l’opinion publique. Mais qui informe les médias ? Ce n'est pas l'avocat, mais l'accusation. L'avocat réagit toujours en second. S'il semble monopoliser les médias, c'est que ses arguments sont plus forts..."   

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  • R… comme réforme de la justice. Jacques Vergès est pour une révision du système judiciaire français. Comme nombre de ses confrères, il salut les qualités du système anglosaxon dans lequel l’avocat mène l’enquête, le juge ne jouant plus qu’un rôle d’arbitre. Mais il ne souhaite pas pour autant voir son application en France. Selon lui, le système français doit avant tout être appliqué dans sa lettre et dans son esprit. Premières étapes : que le juge respecte le code et instruise à charge ET à décharge pour chercher la vérité ; que les avocats aient plus de pouvoirs et notamment la possibilité de commettre des experts.

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  • H… comme crime contre l’Humanité. Une notion que Jacques Vergès qualifie "d’obscène". "Quand on est vainqueur ou pas vaincu (guerre d’Algérie) on peut s’auto-amnistier, mais quand l’autre est vaincu on ne l’amnistie pas (Milosevic)". 

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  • R... comme Retraite ? A 76 ans, pas question pour Jaques Vergès de se retirer de la scène du "grand théâtre" de la justice. "Un dossier pénal est la trame d’un roman ou d’une tragédie dont nous sommes, nous, avocats, co-auteur" … Maître Vergès n’a aucunement l’intention de redevenir simple lecteur de roman.

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Le Dictionnaire amoureux de la justice, ed. Plon, 780 p., 25 €
A noter également, du même auteur, la sortie aux Editions PUF d'un Que-sais-je ? sur les Erreurs judiciaires

Par Alexandra Guillet le 04 novembre 2002 à 11:49
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