"Nuit blanche permet d'ouvrir les portes"

Par , le 05 octobre 2002 à 16h44 , mis à jour le 04 octobre 2002 à 17h07

Cette première Nuit blanche a germé dans la tête de Christophe Girard, l’adjoint Vert chargé de la culture à la Mairie de Paris. Optimiste et volontiers précurseur, il estime qu’il a déjà "cassé un tabou" en organisant ce parcours artistique nocturne.

Christophe GirardChristophe Girard, adjoint à la Culture du maire de Paris © INTERNE

tf1.fr - Quelle est l’origine de cette idée exactement ?

Lorsque Bertrand Delanoë m’a confié la délégation à la culture, il m’a demandé de démocratiser Paris culturellement et de " réanimer " des arrondissements souvent abandonnés. Vous savez, je suis un vieux voyageur. Ayant vécu à l’étranger, aux Etats-Unis ou au Japon, je trouve que Paris est très en arrière de ce que font certaines capitales. Ces mégalopoles savent ne pas fermer l'oeil, au contraire de Paris qui a tendance à s'assoupir passé minuit.

Mais aujourd’hui, Paris a changé, les populations ont changé. Les gens sont plus mobiles, communiquent plus et voyagent plus. On vit dans un mode tellement codifié et enfermant qu’on finit par ne plus rêver et ne plus avoir de moments de rêve collectif de partage. Et puis Paris est très riche culturellement (musées, galeries, …) et possède aussi des bâtiments fermés au public comme par exemple les 25 000 mètres carrés de pompes funèbres. On va en utiliser 6000 mètres carrés avec ce soir là Pierre-Henry et Arthur H. Les gens vont enfin pouvoir utiliser un lieu qui leur appartient mais qu’ils ne connaissent pas. On a besoin d’insolite comme ça, besoin d’être étonné.

C’est vrai que Paris est une très belle ville. Mais Paris est une ville intimidante ; sa beauté fait que l’on n’ose plus rien. Donc l’objectif de cette manifestation est de rendre Paris aux Parisiens la nuit. Avec une programmation artistique avant-guardiste et moderne, on pourra ouvrir un peu les courants de Paris.

tf1.fr - Vous pensez que Nuit Blanche va réveiller Paris ?

Depuis quelques années, on allait plus volontiers à Berlin ou New-York pour regarder la création, que ce soit en matière de musique, de théâtre ou d’arts plastiques. Je crois que Nuit Blanche peut contribuer à montrer que Paris redevient une ville qui a sa part de folie et que tout le monde envie. Paris, ce n’est pas seulement une ville avec des trottoirs bien propres et des jolis arbres bien taillés. C’est une ville qui a du cœur et de l’énergie ; c’est une ville internationale et pas seulement une très belle ville qui est assises sur son passé.

Nuit Blanche permet d’ouvrir les portes. On entre dans les lieux. Il y a la notion de mystère. On va voir chez les gens et on entre dans les établissements que l’on connaît ou que l’on connaît pas. C’est une attitude nouvelle.

tf1.fr - Avez-vous rencontré beaucoup de difficultés pour organiser cette manifestation ?

Le plus difficile a été de faire comprendre que ce que je proposais n’était pas une utopie. La première satisfaction a été de convaincre le maire de Paris. La deuxième, c’est le vote à l’unanimité du conseil de Paris. La troisième satisfaction est de faire travailler ensemble tous les services de la ville de Paris. Et puis faire deux très bons partenariats, avec la préfecture de Paris qui a très bien accueilli le projet et avec la RATP, c’est une très bonne chose.

tf1.fr - Au tout début, certains avaient cru que la Nuit Blanche durerait jusqu'au bout de la nuit… Or, beaucoup d’animations s’arrêtent vers 1h00 du matin… Ce n’est donc pas une vraie Nuit blanche ?

Si si, c’est une nuit blanche. Beaucoup de lieux seront ouverts jusqu’à huit heures du matin. Un exemple, la nouvelle patinoire de Bercy qui est inaugurée samedi et qui sera ouverte toute la nuit. Deux piscines seront ouvertes toute la nuit. Des églises, des projections de films sur des parvis de place...

Et puis tout ouvrir toute la nuit était impossible la première année. C’est déjà un miracle de penser que toute une ville va s’ouvrir de cette façon. Enfin, si l’on veut se rendre dans tous les lieux de Nuit blanche, une seule nuit ne suffit pas ! Donc cela montre bien que le nombre de lieux ouverts est déjà peut-être trop important. Ayons une ambition contrôlée.

tf1.fr - Pourquoi le métro et le RER ne resteront-ils pas ouverts toute la nuit ? Une fois de plus, la banlieue va être pénalisée ?

D’abord, la banlieue ne sera pas tout à fait pénalisée car sont mis en place des noctambus supplémentaires avec des navettes toutes les dix minutes. Les banlieusards comme les Parisiens prendront les noctambus. Le partenariat avec la RATP est formidable. Si l’on manque de métros pour faire venir les gens, ce sera une preuve que cette Nuit blanche est un très grand succès. On ne bouge pas les choses comme cela dans notre pays. Déjà, je casse un tabou en faisant ce que je fais.

Photo de Une : AFP

Propos recueillis par

Par Renaud Pila le 05 octobre 2002 à 16:44
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