© INTERNE"Existe-t-il un ou des éléments nouveaux de nature à faire naître un doute sur la culpabilité d'Omar Raddad ?". La Cour de cassation, siégeant selon la procédure exceptionnelle de révision, s'est penchée ce jeudi sur l’affaire Raddad-Marchal. La juridiction, qui regroupe une trentaine des plus hauts magistrats français, devra décider si Omar Raddad, condamné en 1994 à dix-huit ans de prison pour le meurtre de Ghislaine Marchal en 1991, doit ou non bénéficier d'un second procès devant une nouvelle cour d'assises.
L'avocat général s'est opposé à un nouveau procès et a demandé à la Cour de rejeter la demande de révision. Laurent Davenas a estimé que les contre-expertises graphologiques réalisées récemment n'étaient pas à proprement parler un élément nouveau. Il a également conclu que les expertises génétiques, qui mettent en évidence sur les inscriptions "Omar m'a tuer" la présence d'un ADN différent de celui d'Omar Raddad, étaient certes un élément nouveau, mais qu'il n'était pas de nature à faire naître un doute sur la culpabilité, comme l'exige la loi.
Le jardinier s'est ensuite déclaré
"prêt à mourir pour la vérité. Je peux le jurer, c'est pas moi qui ait tué Mme Marchal. Je vous demande mille fois un deuxième procès pour moi. Je sais que je pourrais être condamné à perpétuité. Mais c'est moi qui prend le risque".Retour sur l’une des affaires criminelles les plus médiatisées de la fin du XXe siècle.LES FAITS
Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal, une riche retraitée vivant à Mougins, près de Nice, est retrouvée
![]() La villa de Ghislaine Marchal- |
L’ENQUETE
La piste Omar Raddad est donc très rapidement privilégiée, surtout après les résultats de l’expertise graphologique qui affirment que l’inscription "Omar m’a tuer" a bien été écrite par Ghislaine Marchal. Malgré la faute de grammaire énorme inhabituelle commise par la victime, Omar Raddad semble le coupable idéal. L'enquête a notamment montré qu’il s’était violemment disputé avec sa patronne pour une question d’argent. Or il avait besoin de liquide pour rencontrer des prostituées et jouer au casino des sommes relativement importantes compte tenu de ses faibles revenus.
LE PROCES
En janvier 1994, les débats, médiatisés à l’extrême en France et au Maroc, s’ouvrent dans une ambiance tendue devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Le jardinier est défendu par Me Jacques Vergès. Le 2 février, les jurés, malgré les vides de l’enquête, retiennent le mobile de l’argent et condamnent Omar Raddad à 18 ans de prison. Le pourvoi en cassation sera rejeté.
LA GRACE
Après une intervention du roi du Maroc, Jacques Chirac accorde une grâce partielle et exceptionnelle de quatre ans et huit mois à Omar Raddad. Il peut ainsi bénéficier d’une mesure de liberté conditionnelle plus tôt que prévu. Le 4 septembre 1998, le jardinier est libéré.
LA PROCEDURE DE REVISION
Le 27 janvier 1999, les défenseurs d’Omar Raddad déposent une requête en révision. Le 25 juin 2001, la Commission de révision, qui se charge de filtrer les demandes, transmet le dossier à la Cour de révision en estimant que les faits nouveaux sont "de nature à jeter un doute sur la culpabilité de l’accusé".
La Commission de révision s'est appuyée sur des expertises qu'elle avait elle-même ordonnées sur les inscriptions "Omar m'a tuer, Omar m'a t", dont certaines étaient à peine visibles. Elles ôtent toute certitude sur l’identité de leur auteur. La présence de deux ADN masculins différents de celui d'Omar Raddad sur les lieux du meurtre a également été mise en évidence. L'avocat général n'a donc pas été convaincu par ces "faits nouveaux".
ET MAINTENANT ?
Trois possibilités s’ouvrent aux magistrats de la Cour de révision :
- annuler la condamnation. Omar Raddad ne sera pas innocenté. Mais, à l’instar de Patrick Dils, il pourra bénéficier d'un nouveau procès devant une autre cour d'assises, et peut-être encore d'un procès en appel.
- confirmer la condamnation. L'espoir d'Omar Raddad de voir son innocence reconnue s'envolera définitivement, à moins qu'il ne dépose une nouvelle demande de révision. Mais cette demande ne pourra être valable que si elle comporte des éléments nouveaux différents de ceux examinés cette fois-ci.
- demander un supplément d'information.
La décision finale sera connue le mercredi 20 novembre.
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