Sarkozy dans le chaudron strasbourgeois

Par Philippe MATHON, le 24 octobre 2002 à 19h24 , mis à jour le 23 octobre 2002 à 19h44

La capitale alsacienne, qui connaît un regain de violence ces derniers jours, reçoit actuellement la visite du ministre de l'intérieur. Alors qu'une explosion criminelle a dévasté mercredi l'entrée du lycée Marcel Rudloff, les policiers dénoncent des années de "laxisme".

strasbourg attentat lycée © INTERNE

Des tags de dix mètres de long et deux mètres de haut. Certains, dans le quartier de Hautepierre ont voulu souhaiter la bienvenue au ministre de l'Intérieur. A leur manière : "Sarkozy n… ta mère", "à mort les CRS"… L'histoire ne dit pas si Nicolas Sarkozy croisera ces gentillesses au cours de sa visite dans le quartier, ce matin. Mais elle est symptomatique de l'atmosphère qui a peu à peu recouvert la ville, ces derniers jours.

Depuis quinze jours, Strasbourg a défrayé la chronique. Au rayon des faits divers. Un quadragénaire décédé d'un malaise cardiaque après une altercation avec cinq mineurs, un postier poignardé lors d'un braquage, un cambrioleur de 17 ans victime d'une noyade en fuyant la police. Et ce palmarès éloquent : en l'espace de 72 heures, pas moins de 63 voitures incendiées dans la circonscription de Strasbourg. Pratiquement un véhicule à l'heure. Sans compter l'agression dont ont été victimes trois sapeurs-pompiers vendredi. Dans ce contexte difficile, les policiers dénoncent le manque de fermeté des années précédentes : "le laxisme a eu des conséquences catastrophiques !, déplore Norbert Georgel, le secrétaire départemental du syndicat Alliance. Maintenant, il n'y a plus de respect. Au quotidien, c'est l'angoisse totale lorsqu'il s'agit de partir sur une intervention. Dans certains quartiers, il faut même faire attention de ne pas se faire piquer son arme ou sa radio dans la voiture !"

Que ce soit au Neuhof, à Cronenbourg, Koenigshoffen, la Meinau ou à Hautepierre, les quartiers réputés les plus "chauds", tous les policiers s'accordent à dire que la délinquance est "le fait d'une minorité". "Une trentaine tout au plus", note Christian Karman (Synergie-Officiers). L'officier s'escrime depuis des années à vouloir rétablir la "vérité". "Contrairement à ce que nous disaient les hommes politiques il y a quelques mois encore, dit-il, il existe bel et bien des no man's land à Strasbourg. Depuis 1997. Lorsque nous nous y rendons, nous sommes considérés comme des gêneurs. La police doit pouvoir reconquérir ces cités interdites".

"Un attentat contre l'école"

L'attentat qui a endommagé, mercredi vers 01H30, l'entrée principale du lycée Marcel Rudloff de Strasbourg, situé dans le quartier de Koenigshoffen à deux pas de celui de Hautepierre (notre article) , a frappé les esprits. L'explosif utilisé, du chlorate de soude bourré dans un extincteur, a fait des dégâts considérables. Le ministre de l'Enseignement scolaire, Xavier Darcos, qui s'est rendu sur les lieux, a dénoncé "un attentat contre l'école". Les enquêteurs dépêchés sur place n'ont pu que constater les faits. Sous l'effet du souffle, les faux-plafonds du troisième étage de l'établissement ont été déplacés d'une quinzaine de mètres. Le paillasson placé devant le lycée a été retrouvé à quarante-cinq mètres de là. "Là, c'est très grave, nous avons affaire à de véritables criminels", lâche un policier. Un acte qui n'est pas sans rappeler l'explosion de la porte du gymnase de Hautepierre 1998, lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. "Déjà, à l'époque, ils avaient utilisé cette technique. Il faut savoir que ça tue quelqu'un à 10 mètres !", s'emporte Christian Karman.

Dans la précipitation, le maire de Strasbourg, Fabienne Keller, a considéré mercredi que la violente explosion contre le lycée Rudloff pouvait être "en relation" avec la mort de l'adolescent-cambrioleur de 17 ans. Mais rien aujourd'hui ne permet d'accréditer cette thèse. "A événements exceptionnels, pouvoirs exceptionnels dans le respect des lois de la République", clame Christian Karman. "Pourquoi pas un couvre-feu provisoire pour les mineurs comme pour d'autres municipalités ?", demande-t-il. 

Photo AFP : un policier devant la porte d'entrée du lycée Marcel Rudloff, le 23 octobre 2002 à Koenigshoffen, dans la banlieue de Strasbourg.

Par Philippe MATHON le 24 octobre 2002 à 19:24
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1 Commentaires

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  • Brandon, le 24/07/2009 à 21h33

    C'est vrai que hautepierre koenigshoffen neuhof cronenbourg et la meinau sont dans les quartiers les plus chauds de strasbourg surtout neuhof et koenigshoffen

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