La valse des plateaux-repas marseillais

Par Philippe MATHON, le 17 octobre 2002 à 18h31 , mis à jour le 16 octobre 2002 à 18h37

Les hôpitaux de la ville seraient victimes d'un important détournement de denrées alimentaires destinées aux patients. L'enquête de police devrait permettre de déterminer l'ampleur du délit et les bénéficiaires.

plateaux-repas hopitaux marseille © INTERNE

En prenant la tête de l'Assistance publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM) en mars 2002, Guy Vallet ne pensait pas être confronté en premier lieu à ce genre de "gabegies". Après avoir observé de près les comptes des différents hôpitaux phocéens, l'homme, familier des problèmes de gestion, découvre immédiatement des "coûts anormalement élevés de denrées alimentaires". Le surcoût n'est pas anodin : "Il y en a pour 1,5 millions d'euros par an", s'indigne Guy Vallet. Bien sûr, il y a les traditionnels "pertes" liées à une mauvaise estimation du nombre de malades dans les hôpitaux. Bien sûr, il arrive que médecins et infirmiers se servent dans les plateaux-repas. Mais, dit-on à l'AP-HM, cela n'explique pas tout, loin s'en faut. On est bien loin, assure-t-on, du traditionnel "grattage" observé dans certains établissements hospitaliers de l'hexagone.


Guy Vallet, directeur général
de l'Assistance publique
des Hôpitaux de Marseille (AP-HM)
Intrigué, Guy Vallet décide la mise en place d'une surveillance autour des magasins de l'établissement le plus touché, l'hôpital de la Timone où l'on commandait… 25 % de repas en plus par rapport au nombre de patient. Le résultat ne se fait pas attendre : d'étranges va-et-vient de camions frigorifiques sont constatés. De quoi accréditer la thèse d'un vaste détournement de nourriture des hôpitaux.

"Ils n'ont pas agi pour leur seule consommation personnelle !"

L'affaire est alors transmise au procureur de la République qui décide, en juin dernier, d'ouvrir une information judiciaire pour "vols aggravés". Le travail des policiers s'oriente naturellement vers le personnel hospitalier. Depuis lundi, ils multiplient les auditions. Pour l'heure, deux personnes intéresseraient particulièrement les enquêteurs. La première, un agent hospitalier de la Timone, a été suspendue par les autorités de l'AP-HM et devrait passer en conseil de discipline. La deuxième personne ne travaillerait pas dans le milieu hospitalier. Les enquêteurs essaient maintenant de déterminer l'ampleur de ce trafic – si trafic il y a - et les éventuels bénéficiaires. "Au rythme où les vols se déroulaient, les individus n'ont pas agi pour leur seule consommation personnelle !", assure-t-on à l'AP-HM.

En 1999, déjà, La Provence – qui a révélé la nouvelle affaire – notait les "aberrations" dans les facturations des repas hospitaliers de la ville. Plus généralement, les hôpitaux marseillais, qui figurent parmi les plus chers de France, ont souvent été épinglées pour leur mauvaise gestion et leur coût de logistique très important. Les mesures de redressement envisagées n'ont semble-t-il pas vu le jour. Aujourd'hui, Guy Vallet a décidé de prendre le problème à bras-le-corps. Un logiciel d'optimisation des coûts est actuellement en test dans l'un des établissements de la ville. "Dans quelques mois, on aura certainement un petit stock de plateau-repas sur le dos", s'amuse le directeur de l'AP-HM. Pendant qu'un délégué syndical lâche : "Je suis ravi, éliminer toutes ces gabegies permettra de mettre plus d'infirmières dans les services !"

Par Philippe MATHON le 17 octobre 2002 à 18:31
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