© INTERNEJean-Marie Messier devra-t-il rendre des comptes à la justice française ? Après l'ouverture mardi d'une
information judiciaire "contre X", plus rien ne semble s'opposer à son audition devant les juges Pireyre et Cros du pôle financier du palais de Justice de Paris, ainsi qu'à celle de bon nombre de responsables de VU sous l'ère de "J2M".Vivendi Universal (VU) va se constituer partie civile dans le cadre de l'information judiciaire ouverte mardi par le parquet de Paris et ce, "dans l'intérêt de la manifestation de la vérité, dans l'intérêt de la société, sans mise en cause de quiconque, et pour que toute la transparence soit faite", a déclaré vendredi un des avocats-conseils de VU, Olivier Baratelli, du cabinet Lombard.
Frédérik-Karel Canoy, avocat au barreau du Val-de-Marne, défend l'Appac, l'Association des petits porteurs actifs. Forte de deux à trois mille membres, elle dépose plainte avec constitution de partie civile à la fin du mois de juillet dernier. Les plaignants estiment que Jean-Marie Messier, évincé fin juillet et remplacé par Jean-René Fourtou, a sciemment modifié avec son équipe dirigeante les bilans et les informations financières, afin de cacher la situation réelle de la société. Au contraire, Me Olivier Metzner, l'avocat de Jean-Marie Messier, a estimé que l'enquête judicaire permettra de démontrer que les comptes du groupe sont "exacts" et que l'information financière était la plus complète et la plus transparente".
![]() Maître Canoy, à l'origine de la plainte (AFP)- |
tf1.fr : Le parquet de Paris a ouvert mardi une information judiciaire pour "publication de faux bilans pour les exercices clos au 31 décembre 2000 et au 31 décembre 2001" et "diffusion d'informations fausses ou trompeuses sur les perspectives de Vivendi Universal en 2001 et 2002". Un succès pour vous ?
Ce n'est pas un succès, c'est un exploit. Nous sommes les premiers sur le plan international à obtenir gain de cause. Pour nous, c'était important de voir la justice française se saisir de l'affaire : on ne voulait pas que les Etats-Unis s'en emparent et "pilotent" l'enquête. C'est avant tout une affaire franco-française.
"Aujourd'hui, j'ai des indices graves et concordants susceptibles de mettre en examen de nombreuses personnes" |
Messier, bien sûr, mais pas seulement ! Il faut également regarder du côté des directeurs financiers, du conseil d'administration, des commissaires aux comptes, des agences de notation… C'est tout le système ! Aujourd'hui, j'ai des indices graves et concordants susceptibles de mettre en examen de nombreuses personnes. Aujourd'hui, si on veut restaurer la confiance, il faut des arrestations à l'américaine.
tf1.fr : Vous semblez faire le parallèle avec de nombreux scandales américains comme Enron ou Worldcom…
Mais c'est du même tonneau ! Je suis allé au greffe du tribunal de commerce pour analyser les comptes de Vivendi. Un document de 360 pages. Il manquait soixante pages, celles numérotées de 200 à 260. C'est précisément le passage relatif aux comptes sociaux et le rapport des commissaires aux comptes, soit les éléments essentiels de ce document ! Les commissaires aux comptes ont inséré un document pour dégager leur responsabilité en disant qu'il y avait des anomalies. Choses qu'ils se sont bien abstenus de dire lors de l'assemblée générale des actionnaires. Les soixante pages ont été remplacées par d'autres documents qui ne correspondent pas du tout à ceux présentés lors de l'assemblée générale, en avril dernier. Si Messier et sa clique avaient dit plus tôt que les comptes n'étaient pas bons, personne n'aurait acheté d'actions. Au lieu de ça, il disait en souriant : "Les comptes de Vivendi ? Ca va mieux que bien !"
"Il manquait soixante pages, celles numérotées de 200 à 260. Précisément le passage relatif aux comptes sociaux et le rapport des commissaires aux comptes, soit les éléments essentiels du document"
tf1.fr : Concrètement, pourquoi portez-vous plainte ?
Fausses informations sur la situation financière de la société, trucages de bilan, omissions de chiffres et, quand les chiffres existent, ils ne correspondent pas à la réalité. Une nouvelle plainte pour abus de biens sociaux devrait suivre dans quelques jours.
Quand on a un avion pour se déplacer, ce n'est pas pour sa famille ou ses amis ! Une personne qui utilise le bien de son entreprise à des fins personnelles doit être poursuivi s'il ne paie pas ses voyages.
tf1.fr : Ce genre d'arguments, vous pourriez l'opposer à nombre de patrons…
Oui, et alors ! Il n'y a pas de justice à quatre vitesses. Il faut faire la chasse aux abus. Dans le cas de Messier, c'est d'autant plus gênant qu'il a ruiné des milliers de petits porteurs. Halte à l'immunité permanente. La justice doit maintenant faire son boulot.
tf1.fr : Que conseillerez-vous à Jean-Marie Messier ?
S'il est intelligent, je lui conseillerais de collaborer avec la justice française. Il vaut mieux qu'il soit épinglé par la justice française que par la justice américaine. Ici, les textes sont moins sévères qu'aux Etats-Unis.
tf1.fr : Ne souffrez-vous pas, sur ce dossier, d'un éparpillement des plaintes ?
Non. En France, il n'y a qu'une plainte, c'est celle que nous avons déposée. Le mouvement Force ouvrière de Vivendi s'est associé à nous. Nous constituons aujourd'hui un front uni. Aux Etats-Unis, les petits porteurs attendent notre plainte pour pouvoir introduire la leur.
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