© INTERNETout le monde retenait son souffle. Incarcéré à la Santé et muré dans un profond silence depuis son retour des Philippines il y a près de deux ans, Alfred Sirven, l'ancien directeur des affaires générales d'Elf, devait être le premier prévenu interrogé mardi devant la cour d'appel de Paris dans le cadre du procès Roland Dumas.
A l'ouverture de l'audience, la présidente de la Cour, Christine Beauquis, semble encore perturbée par la journée de lundi. Elle demande aux prévenus, situés près de leurs avocats, de se placer face à elle. Et voilà l'aréopage contraint et forcé d'obtempérer. La présidente s'adresse à Christine Deviers-Joncour d'un "Madame, euh…" qui semble se perdre dans les dorures de la 1ère chambre de la cour d'appel. "Madame Deviers-Joncour", lui souffle son assesseur, la main sur la bouche. La présidente se reprend. Et la situation redevient cocasse lorsque Loïk Le Floch-Prigent constate amèrement qu'il ne lui reste plus qu'une chaise disponible, aux côtés… d'Alfred Sirven. Celui-là même qui pourrait, dit-on, lui chercher des poux dans le dossier. Pas un regard entre les deux hommes qui ont pourtant longtemps travaillé côte à côte au sein du groupe pétrolier. Plus tard, au cours de l'audience, l'ex-PDG d'Elf essaiera d'obtenir un regard complice de son voisin. En vain.
"Nous ferons avec ce que nous avons"
Finalement, d'Alfred Sirven, il n'en est pas question. Durant tout l'après-midi, les avocats de M.M. Sirven, Le Floch-Prigent et de Mme Deviers-Joncour entretiennent une longue bataille procédurale avec la présidente, l'avocat général et les défenseurs du groupe Elf. Se défendant de vouloir "jouer la montre" dans un procès qui a déjà connu plusieurs années d'instruction, les hommes en robe reprennent inlassablement leur bâton de pèlerin et évoquent pêle-mêle la prescription d'une partie des faits incriminés, l'incompétence de la justice française, les blocages liés au secret-défense et la demande de suppléments d'enquête. Eléments déjà évoqués – et rejetés - en première instance. "En trente-cinq ans de métier, je n'ai jamais vu un dossier financier sans un seul bilan comptable", s'emporte maître Gastaud, l'un des avocats d'Alfred Sirven. Les défenseurs de Loïk Le Floch-Prigent se plaignent du "saucissonnage" du dossier. "Soit on produit la totalité du dossier Elf, soit on ne fait rien", plaide maître Lantourne, tandis que la défenseur de Christine Deviers-Joncour parle d'un "dossier tronqué". "Ma cliente ne peut être jugée sans évoquer l'affaire des frégates de Taïwan", assure-t-elle. La réponse de l'avocat général ne se fait pas attendre : "Nous ferons avec ce que nous avons", dit-il, provoquant la colère des avocats.
A côté de ce feu nourri de critiques, la défense de Roland Dumas se fait plus discrète. Son défenseur, le bâtonnier Jean-René Farthouat, refuse de rentrer dans ce jeu procédural. Une façon pour lui de montrer que son client est "étranger" à toute cette histoire. Et de sortir "rapidement" son client du dossier.
Mercredi, Alfred Sirven ouvrira le bal des accusés. Mais "il n'y aura pas de révélations fracassantes à attendre", a précisé lundi son avocat. "Après deux ans de détention, il a simplement pris la résolution de faire en sorte que l'on comprenne quelle est sa place dans ce dossier". Une place qui pourrait tout de même rendre inconfortable la situation de certains de ses voisins à l'audience.
Photo d’ouverture : Me Pierre Haïk, l'un des avocats d'Alfred Sirven, face aux journalistes - AFP
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