© INTERNEL'entretien s'est déroulé en toute discrétion, vendredi 8 novembre, à la galerie financière du Palais de justice de Paris. Didier Cornardeau le président de l'APPAC (Association des petits porteurs actifs) et son avocat, Me Frédérik-Karel Canoy, sont entendus par les juges en charge du dossier Vivendi. Un entretien de plus de cinq heures au cours duquel les deux hommes, à l'origine de l'enquête ouverte le 29 octobre par la justice française contre le groupe, développent leurs arguments.
Heureux présage ? En arrivant dans le cabinet des juges Bruno-André Pireyre et René Cros, les plaignants constatent avec surprise qu'un troisième magistrat, Henri Pons, a été nommé pour instruire également le dossier. "Cela montre l'intérêt que la justice accorde à notre dossier", se félicite Didier Cornardeau interrogé par tf1.fr. Durant ce long entretien, les cinq hommes ont étudié les comptes de VU et tenté de qualifier juridiquement certaines infractions présumées. Une autre plainte pour "abus de biens sociaux" a finalement été abandonnée. "On a voulu élever le débat et ne pas se salir dans une querelle d'hommes", explique Maître Canoy. La divulgation de fausses informations et le trucage des bilans, c'est déjà énorme !" Selon lui, des convocations ne devraient pas manquer d'être lancées dans les jours qui viennent.
Confusion
![]() Didier Cornardeau et maître Canoy- |
Le travail des juges s'annonce donc difficile. D'autant plus qu'ils ont découvert l'étrange utilisation faite par les hommes de Jean-Marie Messier du concept d'Ebitda. Ce nouveau concept comptable, utilisé depuis quelques années aux Etats-Unis, représente le bénéfice d'une entreprise avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement. "Dans ces comptes, Messier a donné une version de l'Ebitda qui ne correspond pas à l'Ebitda américain", soupire Didier Cornardeau. "Il annonçait dans le bilan 2001 que cet Ebitda avait une influence sur la trésorerie du groupe et sur sa capacité à rembourser son endettement et qu'il n'y avait aucune inquiétude à avoir. Il a donc camouflé l'endettement du groupe. On a découvert ensuite que le groupe avait perdu 13,6 milliards d’euros…"
"On va tirer la pelote de laine tranquillement"
L'APPAC, qui étudie actuellement l'hypothèse de délits d'initiés qui pourraient avoir eu lieu au cours de l'année 2001 de la part d'un actionnaire de référence, souhaite voir l'instruction progresser rapidement. "Au fur et à mesure de l'avancée du dossier, si de nouvelles révélations voient le jour, on demandera une extension de la saisine du juge d'instruction. On va tirer la pelote de laine tranquillement", annonce Maître Canoy. Mais l'association refuse de passer pour un prédateur des entreprises hexagonales. "On propose une porte de sortie à tous les acteurs de ce dossier", assure Didier Cornardeau. L'APPAC a indiqué aux juges que leur préoccupation était la réparation des préjudices subis par les petits porteurs. Si tel était le cas, l'APPAC retirerait sa plainte.
En attendant, l'association demande avec acharnement le placement de VU en redressement judiciaire afin de permettre l'ouverture d'un plan de continuation. "Pour nous, indemniser l'ensemble des petits porteurs et salariés se chiffrerait à 10 milliards d'euros. Si les américains obtiennent des condamnations de Vivendi, ça coûtera 100 milliards de dollars, estime M. Cornardeau. Dans ces conditions, dit-il, VU serait mort".
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