Quand les Verts voient rouge

Par Franck LEFEBVRE, le 16 décembre 2002 à 15h52 , mis à jour le 16 décembre 2002 à 12h06

Une majorité, mais pas de chef : telle est la situation paradoxale des Verts, réunis en congrès à Nantes. Samedi a émergé une nouvelle majorité, avec le tandem Lipietz/Arditi ; mais dimanche, les Verts n’ont pu élire une nouvelle direction. Lipietz est furieux ; Voynet reste secrétaire nationale.

lipietz congres verts © INTERNE

La sortie n’est pas loin… Et pourtant, Alain Lipietz n’a pas encore réussi à y pousser Dominique Voynet. Colère rentrée, il fait face aux journalistes. C’est l’une des images de ce deuxième jour du congrès des Verts à Nantes – un congrès qui tourne au psychodrame et à l’affrontement entre représentants de la stratégie de la "gauche plurielle", et partisans d’une ligne écologiste pure et dure, ancrée à gauche. Pour ne pas faciliter les choses, les relations entre le PS et la nouvelle majorité des Verts risquent d'être difficiles. Le premier secrétaire François Hollande a lancé dimanche une mise en garde, lors du congrès du PS : "Si la gauche dans ses différentes familles pratique le repli sur soi, la dérive identitaire et l'oubli de ce qu'est la valeur fondamentale de l'unité, alors la droite a de beaux jours devant elle".

Samedi a vu l’émergence d’une majorité nouvelle chez les Verts, avec l’alliance objective entre Alain Lipietz et Maryse Arditi – alliance qualifiée de "mariage de la carpe et du lapin" par un Denis Baupin acerbe. Leur motion de synthèse, qui devait remporter 54,37% des suffrages, était très critique sur la participation au gouvernement et favorable à des listes autonomes aux prochaines élections. La plupart des figures des Verts – Voynet, Mamère, Cochet ou Cohn-Bendit – se sont retrouvées mises en minorité. Tout laissait alors penser à l’élection dimanche de Gilles Lemaire au poste de secrétaire national – un des proches de Lipietz, ce dernier ne pouvant être élu du fait des statuts des Verts.

Voynet temporise, Lipietz accuse

Dimanche, changement de scénario : les Verts se sont avérés incapables de s’accorder sur une nouvelle direction. Les membres du conseil national inter-régional n’ont pu trouver la majorité de 60% imposée par les statuts des Verts lors d’un tel vote. Un nouveau scrutin devra donc être organisé lors du prochain CNIR, les 11 et 12 janvier. Entretemps, les divers courants des Verts devront avoir trouvé un compromis.

Conséquence : Dominique Voynet reste secrétaire nationale des Verts jusqu'au 11 janvier. Elle a indiqué dimanche qu'elle allait "expédier les affaires courantes sans gêner en quoi que ce soit la majorité" qui va se mettre en place. "La première leçon de ce congrès, c'est qu'il y a une majorité, je ne la remets pas en cause du tout", a-t-elle déclaré. La deuxième leçon, "c'est que la nouvelle majorité vient d'expérimenter le caractère autobloquant du statut des Verts, que dénonçons depuis longtemps (…) La majorité constituée hier a choisi de rester très étroite. Elle doit maintenant tendre la main aux minorités." Mais Alain Lipietz, lui, ne décolère pas. Peu après le vote, il a fait état de sa "déception profonde", estimant que "le putsch qui a échoué à l'Assemblée générale a réussi au CNIR". Et de désigner les responsables : "Ils sont prêts à faire passer leurs intérêts particuliers avant ceux de l'écologie, c'est lamentable", a déclaré Lipietz, très en colère, à l'adresse de Noël Mamère et de son bras droit Denis Baupin.

Photo d’ouverture : Alain Lipietz, dimanche, après le vote du CNIR - DR

Par Franck LEFEBVRE le 16 décembre 2002 à 15:52
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