© AFP"Ben oui, je suis relaxé complètement
… Je suis content que justice me soit rendue". Roland Dumas n'en revient pas. Les yeux humides, la main tremblante, il avale nerveusement un bonbon, rassure un membre de sa famille et embrasse tendrement ses fils. Pour les commentaires, il faudra attendre. "Plus tard", glisse-t-il avant de quitter promptement le palais de justice. Cette belle journée va lui fournir matière à écrire le dernier chapitre de son livre "L'épreuve, les preuves", à paraître en mars.Dans sa décision, la cour d'appel de Paris a qualifié de "moralement blâmable" le comportement de l'ancien ministre tout en considérant qu'il n'était pas "pénalement répréhensible". Sa défense savoure. "On a fait démissionner le quatrième personnage de l'Etat, on a été au bord de l'incarcération, on lui a imposé un contrôle judiciaire humiliant, on a fixé une caution considérable et au final il n'y a rien à lui reprocher pénalement", relève Me Farthouat, son avocat, pour qui "il n'y avait pas de volet Dumas à l'affaire Elf". "La justice a fini par triompher", se réjouit-il. On est bien loin des réquisitions de l'avocat général qui avait considéré, en novembre dernier, que Roland Dumas avait "bénéficié" des avantages procurés par Elf à son ex-maîtresse, Christine Deviers-Joncour.
"Ça relève du suicide !"
La joie du "camp" Dumas contraste avec le désarroi des autres prévenus. Alfred Sirven, qui a déjà purgé 2 années de prison à la Santé, écope de trois ans ferme et reste écroué. En première instance, l'ancien directeur des affaires générales d'Elf avait été condamné à 4 ans ferme. "C'est bien, mais ça reste problématique", glisse un de ses défenseurs, Pierre Haïk. Selon nos informations, les défenseurs de Sirven hésitent entre déposer une demande de remise en liberté conditionnelle pour leur client et se pourvoir en cassation. Un choix cornélien : s'ils optent pour la seconde solution, ils ne pourront pas ensuite demander la libération de "Sir" Alfred.
Loïk Le Floch-Prigent, a été condamné à trente mois de prison ferme. La cour d'appel, qui avait assorti sa décision d'un mandat de dépôt à son encontre, l'a transformé en mandat d'arrêt. En effet, l'ancien patron du groupe Elf était absent à l'annonce de sa peine. La faute à un "état de santé très mauvais" selon son avocat. Résultat : à moins qu'il ne se constitue prisonnier, Loïk Le Floch-Prigent devrait être interpellé par la force publique puis placé en détention. "De nos jours, être absent lors d'une décision de justice, ça relève du suicide !", note un avocat partie au procès.
A priori, donc, Sirven comme Le Floch-Prigent comparaîtront détenus lors du volet général du procès Elf qui débutera le 17 mars devant le tribunal correctionnel de Paris.
Horizon sombre
Christine Deviers-Joncour est restée de longues secondes sans réaction. Celle qui avait effectué six mois de détention provisoire a été condamnée mercredi à 18 mois de prison ferme et 12 mois avec sursis. Cette peine n'étant pas assortie d'un mandat de dépôt, elle reste libre pour l'instant. A moins d'un éventuel pourvoi en cassation - son avocate affirme ne pas avoir encore pris de décision -, l'ancienne maîtresse de Roland Dumas devrait prochainement retourner en prison. Une issue qu'elle redoute par-dessus tout. Un de ses proches, l'intermédiaire Gilbert Miara écope de 2 années de réclusion, dont une avec sursis.
La décision de la cour d'appel met ainsi un terme à l'une des affaires les plus médiatiques des années 90. Et maître Farthouat ironise : "A cet instant, j'ai une pensée affectueuse pour Eva Joly…"
Cette relaxe qui cache son nom… |
Les voix de la justice sont parfois impénétrables… L'anecdote est cocasse : pour une bonne partie de l'assistance, la décision de relaxe de Roland Dumas a failli passer inaperçue. Explications. Peu après 13h30, la présidente Beauquis prend la parole et prononce la décision de la cour d'appel. Elle évoque d'emblée le "cas" Dumas et, après quelques propos liminaires, déclare : "La cour renvoie monsieur Dumas des fins de la poursuite". A aucun moment le mot "relaxe" n'est prononcé. Et la magistrate de passer ensuite aux petits camarades de l'ancien ministre. Flottement dans la salle : journalistes, badauds et même avocats se regardent, interdits : la cour a-t-elle relaxé ou condamné l'ancien ministre ? Certains posent même la question à voix haute, semant une certaine pagaille dans la minuscule neuvième chambre de la cour d'appel. Confidences de maître Farthouat : "J'ai eu également une hésitation. Mais lorsque la présidente n'a pas apporté de précisions sur l'étendue du renvoi, c'est qu'il était total !" |
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