Journaliste, mission impossible ?

Par Philippe MATHON, le 15 janvier 2003 à 11h58 , mis à jour le 15 janvier 2003 à 18h47

Dans un monde où la communication joue un rôle grandissant, où il devient de plus en plus difficile de démêler le vrai du faux, un journaliste lance un cri de désespoir. Et dénonce les pratiques en cours au sein de son ancienne corporation, les journalistes politiques.

daniel carton albin michel edition © INTERNE

"Bien entendu… c'est off"(1), ou le coup de gueule d'un homme blessé. Car Daniel Carton, ancien de la Voix du Nord, du Monde et du Nouvel Observateur, ne reconnaît plus ce qu'il considère comme le "plus beau métier du monde". "Le journaliste, regrette-t-il, est devenu un travailleur de l'information. Avant, un bon journaliste était celui qu'on ne voyait jamais à la rédaction. Aujourd'hui, celui qui est absent de son poste de travail devient presque suspect".

Balançant entre amertume et farouche désir de changer les choses, l'auteur ne fait pas dans le détail. Les médias ? Incapables pour la plupart de débusquer de nouvelles informations. Ils passeraient désormais le plus clair de leur temps à se copier et se recopier. L'avènement des "gratuits" qui cannibalisent peu à peu les quotidiens ? "Un aboutissement logique et plus honnête" de l'état de la presse. Des propos peu amènes pour une corporation qu'il a côtoyée durant plusieurs décennies. On regrettera que l'auteur ait attendu de quitter le microcosme pour sortir de ses gonds.

Devoir d'inventaire

Mais faut-il pour autant rejeter l'ensemble de l'ouvrage ? Certainement pas. Les journalistes politiques ne sont pas vierges de tout reproche dans ce petit monde où le "off" renseigne souvent le plumitif aux dépens du lecteur. A l'appui de son constat, Daniel Carton cite des exemples qui ne devraient pas ravir tout le monde. Michel Rocard, ancien Premier ministre, rencontrant Jacques Chirac pour rentrer dans le gouvernement Jospin en 1997, François Léotard recevant les journalistes pour leur proposer des billets pour l'Opéra, un livre de campagne signé par Jacques Chirac mais écrit par un journaliste ami, et surtout le tutoiement quasi-institutionnalisé entre journalistes et hommes politiques... Pour Carton, entre journalistes et hommes politiques, tout est connivence. Une connivence qui lui fera quitter son confortable poste au Nouvel Observateur, lâché, dit-il, par une direction davantage soucieuse de ne pas déplaire au personnel politique que de défendre son ouaille.

Rien n'échappe aux fourches caudines de l'auteur, bien décidé à partir en croisade contre des procédés journalistiques communément acceptés. Même les plus grandes institutions comme Le Monde sont épinglées. Dans un chapitre intitulé "Les trois grâces", le patron du célèbre quotidien, Jean-Marie Colombani, et ses deux fidèles amis Alain Duhamel et Alain Minc y sont dépeints avec une cruauté sans égale.

"Bien entendu… c'est off" est un signal d'alarme, sans doute caricatural, lancé par un amoureux déçu du journalisme. Un cri de désespoir en direction d'une profession souvent pétrie de certitudes.

(1) ("Bien entendu… c'est off" de Daniel Carton, Albin Michel, 15 €)

Daniel Carton est également l'auteur d'un précieux livre d'entretiens avec le juge antiterroriste Gilbert Thiel (On ne réveille pas un juge qui dort, Fayard, 20 €)

Par Philippe MATHON le 15 janvier 2003 à 11:58
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