Qui se cache derrière le visage de Christine Malèvre ?

Par , le 21 janvier 2003 à 13h14 , mis à jour le 22 janvier 2003 à 16h52

La première journée du procès de l'ex-infirmière de Mantes-la-Jolie, qui se tient devant la cour d'assises des Yvelines, a été consacrée à l'audition de témoins proches de l'accusée pour tenter de comprendre sa personnalité.

christine malevre proces © INTERNE

Cinq ans après les faits, Christine Malèvre, 33 ans, s’est retrouvée pour la première fois, lundi, face à ses juges. Le matin, durant tout le temps qu’aura duré la formation du jury, l’énumération de la soixantaine de témoins cités à comparaître et la lecture de son arrêt de renvoi, l’ex-infirmière n’aura pas eu un seul regard ni un seul mot de compassion envers les parties civiles. Vêtue d’un tee-shirt blanc surmonté d’un gilet noir sans manche, les bras croisés, le regard fixé dans le vide, elle ne cille pas. En début d’après-midi, à la demande du président de la cour d’assises des Yvelines, celle à qui l’on reproche d’avoir assassiné sept de ses patients entre février 1997 et mai 1998, s’est présentée à la barre.

Avec la voix tremblotante d’une petite fille, elle évoque son passé. "Si j’ai des enfants un jour, je les élèverai comme mes parents m’ont élevé". Elle qui, à la même époque, ne supportait pas que ses camarades de classe la surnomme "la grosse". Devenir infirmière était "son rêve d’enfant". Elle voulait faire "comme la dame qui soignait sa petite sœur". Des sanglots et de longs silences viennent ensuite ponctuer son phrasé lorsque "l’ange de la mort" -comme l'appellent ses collègues-, évoque les attouchements de son ancien professeur de mathématiques alors qu’elle est adolescente. Ou bien encore l’annulation de son mariage avec l’homme qu’elle aimait, suite à sa mise en examen et "la pression médiatique trop forte sur sa belle-famille". Depuis un an et demi, Christine Malèvre vit à Laval avec un nouveau compagnon qui lui a "un petit peu redonné goût à la vie". 

Personnalité complexe

Puis est venu le moment d’écouter les témoins. Premier d’entre eux, le psychiatre qui s’est occupé d’elle pendant deux mois, en 1998, après sa tentative de suicide. Lié à sa cliente par le secret professionnel, le docteur Samama se tait devant la cour, mais il confirme à plusieurs reprises que Christine Malèvre est sortie de son établissement contre son avis médical. Puis c’est au tour de Gérard, son père. Il dit qu’il "n’a rien à dire", " qu’il ne comprend pas". "Elle a toujours travaillé dur ma fille, jusqu’à minuit souvent. Je ne l’ai jamais empêché de sortir, mais elle ne voulait pas, explique-t-il. Et d’en conclure que si elle a fait ce qu’on lui reproche, "ce n'est certainement pas pour la postérité, ça ne peut être que par compassion". Puis c'est au tour de la sœur, Céline. Son visage poupon, encadré d’une épaisse chevelure grise nouée en chignon, ressemble trait pour trait à celui de sa sœur de deux ans son aînée. Elle la décrit comme quelqu’un de "très intègre, très ouverte, très sensible, très généreuse". Si elle rencontre quelques difficultés avec des collègues, "c'est qu'elles sont jalouses d'elle. Ma soeur travaillait tout le temps, elle n'allait pas aux pauses café". Plusieurs autres témoignages de proches viendront appuyer cette vision de la personnalité de l'accusée.

Alors pourquoi Christine, élève brillante, sortie major de sa promo, dont les responsables d’unités hospitalières dans lesquelles elle a effectué de nombreux stages ne tarissent pas d’éloge envers cette élève modèle, n’arrive-t-elle pas par la suite à s’intégrer dans son milieu professionnel ? Comment peut-on ainsi, avec un parcours apparemment si lisse, basculer et se retrouver accusé de sept assassinats ? La première vraie anicroche viendra d'Estelle Hello, une ex-copine de Christine. Elle se sont connues sur les bancs de l’école d’infirmière puis à l’hôpital. D’abord amies, elles se sont brouillées à la suite d'un stage d'un mois dans un dispensaire au Burkina Faso. Au travail, "elle fait des erreurs, des oublis". Si on le lui disait, "elle prenait les gens de haut", "ne supportait pas qu'on lui fasse des remarques". En amitié " elle colporte, elle critique ", "elle ne supporte pas d’être confrontée à des choses graves ou douloureuses". 

La personnalité de Christine Malèvre est complexe. Les auditions de témoins de personnalité doivent se poursuivent mardi. Sont notamment appelés à la barre, les docteurs Ille et Kouyoumdjian, chefs de service  à l'hôpital de Mantes-la-Jolie ayant travaillé avec l'accusée. Avant cela, Christine Malèvre devra s'expliquer sur ses actes. Son procès s’achèvera à la fin du mois. Elle risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Cliquez ici pour le rappel des faits

Par Alexandra Guillet le 21 janvier 2003 à 13:14
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