Solidarité oecuménique autour du rabbin Farhi

Par Philippe MATHON, le 09 janvier 2003 à 22h19 , mis à jour le 11 janvier 2003 à 09h30

Les représentants des trois communautés religieuses se sont retrouvés mercredi soir dans une synagogue parisienne pour rendre hommage au rabbin agressé la semaine dernière dans le XIe arrondissement. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Lionel Jospin et Bertrand Delanoë étaient également présents.

rabbin farhi office © INTERNE

Seules quelques dizaines de personnes ont pu entrer dans la petite synagogue de la rue Gaston de Caillavet, non loin des quais de Seine, dans le XVe arrondissement de la capitale. Au milieu des habitués, de nombreuses personnalités sont présentes : des représentants religieux (le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur ; le cardinal archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger et le président de la fédération protestante de France) ainsi que des hommes politiques avec des membres du gouvernement (Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian et Jean-Louis Borloo), des anciens Premier ministre (Lionel Jospin, Laurent Fabius, Edouard Balladur et Alain Juppé), le maire de Paris, Bertrand Delanoë, le président du conseil régional d'Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, le président de SOS Racisme, Malek Boutikh et Jack Lang.

Tous ont voulu témoigner leur solidarité à l'égard du rabbin Gabriel Farhi du Mouvement juif libéral de France (MJLF), agressé vendredi d'un coup de couteau à l'abdomen par un inconnu qui a pu prendre la fuite et victime, trois jours plus tard, de l'incendie de sa voiture. Dans un silence recueilli, cette "prière pour la fraternité et l'espoir" a permis à l'ensemble des représentants religieux de condamner tout acte de violence, quel qu'il soit. "Chez nous, il n'y a pas de haine mais la volonté d'éradiquer la haine. Plus que jamais, nous travaillerons en faveur du dialogue entre les peuples", a lancé le président du MJLF, Félix Mosbacher, suscitant le regard approbateur de Nicolas Sarkozy.

"Je resterai un citoyen vigilant qui prie pour la paix"

Après une prière pour la paix "pour que l'on n'apprenne plus la guerre", le rabbin Farhi, silencieux jusque là, se lève. La démarche hésitante, le pas empesé, il s'approche du micro. "Votre solidarité m'est précieuse, souffle-t-il à l'assistance. Mais permettez-moi de me tourner vers la plus haute autorité présente, Dieu, que je remercie de me permettre d'être parmi vous ce soir". Le rabbin remercie le ministre de l'Intérieur pour "le renforcement des mesures de sécurité autour des responsables religieux" et lance à Bertrand Delanoë, lui-même poignardé au début du mois d'octobre : "Ce n'est pas un coup de couteau qui nous rapproche, mais une amitié profonde". Enfin, se tournant vers Lionel Jospin qui vient de perdre sa mère, il glisse : "Permettez-moi de prier pour le repos de son âme".

Gabriel Farhi a tenu à revenir sur son agression et souhaité "écarter la rumeur ou les propos de certains médias" qui laissaient supposer qu'il avait affirmé que son agresseur était "un co-religionnaire extrémiste". "Plus que jamais, a-t-il assuré, je resterai un citoyen vigilant qui prie quotidiennement pour la paix entre les peuples". Les représentants des autres cultes ont affiché un soutien sans faille à l'égard du rabbin. "Vous étiez une victime symbolique, ce n'est pas vous en tant que tel qui a été visé", a considéré le cardinal Lustiger qui a dit avoir "prié" pour l'agresseur. Dalil Boubakeur a, quant à lui, rendu hommage à la communauté juive "si chère au cœur de l'Islam" et rappelé un extrait du Coran selon lequel "attenter à une vie, c'est attenter à toute l'Humanité". Le rabbin Daniel Farhi, le père du rabbin agressé a lancé un vibrant appel pour "fraterniser d'urgence avec ceux qui ne savent pas que la fraternité s'étend au-delà de leur clan".

L'office religieux s'est terminé par un chant symbolique, le Shir la shalom. Un chant pour la paix que l'ancien Premier ministre israélien Yitshak Rabin avait entonné quelques minutes avant d'être assassiné. C'était à Tel-Aviv, en 1995.


"Nous appartenons à une seule et même République"

Les membres de la communauté juive ont vécu avec émotion cette prière "pour la fraternité et pour l'espoir". Réflexions de quelques fidèles recueillies à l'issue de l'office.

Jean-Claude : "Ce soir, on a pu assister à l'expression de la solidarité de tous les citoyens français. La présence de toutes les religions était très importante. On se sent soutenu. Nous avons défendu ici une appartenance à une seule et même République. Mais il ne faut pas que les vieux démons remontent à la surface. Il faut que chaque citoyen respecte l'autre.

Louis, 67 ans, sauvé par une famille catholique durant l'Occupation : "Je suis très ému mais aussi très inquiet quand je vois tous ces événements tragiques. On a l'impression qu'il y a aujourd'hui une résurgence de certaines idées et ça me fait peur. J'espère que nos enfants n'auront pas à souffrir de ce que nous avons connu pendant la Shoah".

Daniel Lévy, administrateur du MJLF : "Ce qui est paradoxal, c'est que notre communauté est ouverte aux autres religions. Au MJLF, nous organisons des tables rondes et toutes sortes de manifestations pour le dialogue inter-religieux. Avec l'agression du rabbin, le conflit israélo-arabe est transposé ici dans des conditions ignobles".

Colette Kessler, rescapée de la Shoah, directrice pendant 35 ans des cours d'enseignement au MJLF : "J'ai vécu toute mon adolescence à Paris en portant l'étoile. Aujourd'hui, jamais je n'aurais pensé à de tels événements comme l'agression de notre rabbin. Je pense à cette citation d'un poète juif, Edmond Fleg, en 1951 : "Nous attendons que les hommes deviennent des hommes".

Photo d’ouverture : les personnalités politiques sont venues nombreuses. Au premier rang, Nicolas Sarkozy ; en bout de rangée, Jack Lang - DR

Par Philippe MATHON le 09 janvier 2003 à 22:19
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