Tentative d'évasion déjouée à la Santé

Par , le 08 janvier 2003 à 09h52 , mis à jour le 08 janvier 2003 à 16h23

Une tentative d'évasion spectaculaire de trois détenus membres de l’ETA a été déjouée jeudi dernier à la prison parisienne. Les gardiens ont saisis des documents évoquant le recours à des explosifs et le dynamitage du mur d’enceinte. Joël Sépulcre, secrétaire local de FO, revient sur les événéments pour tf1.fr.

basques prison sante © INTERNE

Tf1.fr : comment ont été découvert les documents ?


Joël Sépulcre-

Joël Sépulcre : Cela faisait une semaine que nous avions des suspicions. En prison, il y a toujours des " balances ", mais nous n’avions aucune preuve jusqu’à jeudi dernier, lorsque des agents ont intercepté des documents transitant entre deux blocs de la Santé.

Tf1.fr : Qui faisait circuler les informations ?

J.S. : En prison, vous avez des détenus dits "auxiliaires". Chargés des corvées de linge, de la distribution des repas, des cantines (ndlr : produits que les détenus peuvent acheter avec leur argent)… ils sont en contact direct avec tous les autres détenus. C’est l’un d’entre eux qui se chargeait d’acheminer les documents d’un détenu basque à un autre.

Tf1.fr : Que contiennent les documents interceptés ?

J.S. : Il s’agit de feuilles de papier rédigées en espagnol. De nombreux croquis décrivent la prison. Certains détenus basques sont plus spécialisés que d’autres en matière d’explosifs. Ils expliquaient aux autres comment agencer les bâtons de dynamite et où les placer : contre les murs, les grilles, devant les portes de cellules… Un des documents expliquait également que le jour venu, sans préciser la date, des aides extérieures poseraient également 40 kilos de dynamite le long du mur d’enceinte de la prison pour permettre l’extraction des candidats à l’évasion. Outre ses documents, aucun engin ou explosif n'a été retrouvé lors des fouilles des cellules des détenus incriminés.

Tf1.fr : Pour qu’ils annoncent un dynamitage des murs d’enceinte, les détenus devaient être en contact avec l’extérieur ?


Manifestation des familles
de détenus basques-
-
J.S. : Nous sommes persuadés qu’ils arrivent à se servir de téléphones portables pour communiquer avec l’extérieur. Il s’écoule rarement plus de deux jours à la Santé sans que nous ne découvrions un mobile caché dans une cellule. Nous allons redemander à la direction l’accélération des procédures pour permettre la mise en place d’appareils de brouillage des ondes au sein de l’établissement. Par ailleurs, le week-end dernier des basques ont manifesté devant la prison pour demander le rapprochement des familles. Grâce à un chariot élévateur, certains se sont hissés sur le mur d’enceinte, en face des cellules des détenus basques. Nous pensons a posteriori qu’il s’agissait également d’un repérage des lieux ou d’un signal.

Tf1.fr : quelles mesures ont été prises à l’encontre de ces détenus ?

J.S. : Trois détenus basques sont soupçonnés d’être directement impliqués dans l’orchestration de cette évasion. Le plus connu d'entre eux est Asier Oiarzabal Txapartegi (ndlr : surnommé "Baltza", cet ex-chef présumé de l'appareil logistique de l'ETA a été arrêté en septembre 2001 à Dax). Figurent également Badiola Otxantesana (ndlr : surnommé "Kirru", ce vétéran de l'organisation séparatiste basque faisait l'objet d'une procédure d'extradiction à la demande de l'Espagne) et Inaki Lizundia Alvarez. Au total, six ont été dispersés dans d’autres établissements pénitentiaires, notamment à Fresnes et Fleury-Merogis. Mais il est difficile de faire en sorte que les détenus basques ne soient pas en contact en prison puisqu’ils ne peuvent être répartis que sur l’Ile-de-France pour éviter toute proximité géographique avec leur base logistique. 

Quelques précédents


17 août 2002
 : Evasion audacieuse d’un des hauts responsables de l’ETA, Ismael Berasategui, de la prison de la Santé, en se faisant remplacer par son frère lors d’une visite au parloir. Incarcéré pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, port d'arme, recel de vol", il est considéré par la justice espagnole comme l'un des "responsables présumés" du commando itinérant de l'ETA Behorburu.

5 septembre 2002 : les gardiens de la Santé trouvent 500 grammes d'explosif et des détonateurs dans la cellule d'un détenu qu'ils soupçonnent de vouloir s'évader.

23 décembre 2002 : évasion du commissariat de Bayonne du "chef militaire présumé" de l'ETA, Ibon Fernandez Iradi, alias "Susper".

Par Alexandra Guillet le 08 janvier 2003 à 09:52
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