© INTERNE"Certes, le ministre de l'Intérieur me tient informée de l'enquête en me recevant régulièrement, mais j'attends toujours des résultats".
Dominique Erignac, l'épouse du préfet assassiné, ne cache pas sa lassitude. "La mort de mon mari n'a servi à rien", répétait-elle il y a encore quelques jours. Cinq années après les faits, comment expliquer que Yvan Colonna, l'assassin présumé de son mari, court toujours ? C'est "une traque un peu désespérante", avoue un policier en charge de l'enquête. Corse, Sardaigne, Venezuela, Costa-Rica...Les rumeurs les plus folles ont circulé au sujet du berger de Cargèse. Il serait mort dans le maquis corse en tombant d'une montagne. Il circulerait librement au Brésil avec un nouveau visage et une fausse identité. Il aurait fuit nuitamment l'île de Beauté à l'aide d'un catamaran… Toutes les pistes soumises aux enquêteurs ont été vérifiées. En vain. L'enquête sur l'homme le plus recherché de France bute toujours sur une totale absence d'indices.
"Lâchement assassiné"
Dominique Erignac devrait assister ce midi à l'hommage rendu au ministère de l'Intérieur. Au même moment, une cérémonie anniversaire sera commémoré à midi par l'actuel préfet de Corse, Dominique Dubois, dans la rue Colonel Colonna d'Ornano où s'était effondré, le 6 février 1998, Claude Erignac, tué à 60 ans de trois balles dans la nuque alors qu'il se rendait à pied à un concert. Depuis cinq ans, les lieux sont investis par des ministres de passage qui ne manquent pas de s'incliner devant la plaque de marbre noir sur laquelle est inscrit, en lettres d'or : "A la mémoire de Claude Erignac, lâchement assassiné en ce lieu, le 6 février 1998".
"Créer un électrochoc"
En dépit de cette tâche indélébile pour l'ensemble des personnes mobilisées dans cette traque, huit nationalistes corses s'apprêtent à être jugés en juin pour leur participation présumée - directe ou indirecte - à l'assassinat du préfet. Le procès, qui devrait se dérouler du 2 juin au 1er juillet devant la cour d'assises spéciale de Paris, devrait permettre de lever un voile sur les motivations du commando nationaliste. Composé de militants déterminés, son objectif aurait été "de créer un électrochoc pour les nationalistes, pour la Corse, pour le peuple et pour l'Etat, en visant un symbole de l'Etat en Corse", selon les termes de l'ordonnance de renvoi devant les assises.
Jugés pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste" ou "complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", ils risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Six d'entre eux -Alain Ferrandi, Didier Maranelli, Pierre Alessandri, Martin Ottaviani, Marcel Istria et Joseph-Antoine Versini- sont considérés comme exécutants ou ayant participé à des actes préparatoires. Cinq d'entre eux ont reconnu les faits. Deux enseignants, Vincent Andriuzzi et Jean Castela, sont pour leur part soupçonnés d'avoir participé "à la définition de la stratégie, au choix de la cible et à la répartition des rôles", ce qu'ils nient farouchement.
Photo (AFP) : le préfet Claude Erignac, le 1er janvier 1998, dans une rue d'Ajaccio.
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