Chirac explique sa position aux Américains

Par A.G., le 16 février 2003 à 15h42 , mis à jour le 16 février 2003 à 16h05

Le chef de l’Etat reconnaît, dans un entretien au Time Magazine, que si l’Irak est désarmé ce sera en grande partie dû à la présence américaine sur place. S'il reste opposé à une nouvelle résolution, Chirac rappelle qu’en cas de blocage de la part de l’Irak, "la France n'exclut aucune option".

chirac elysee irak © INTERNE

Alors que la position française a fait l'objet de violentes critiques aux Etats-Unis, Jacques Chirac a d’abord tenu à faire valoir, dans une interview publiée dimanche par l'hebdomadaire américain Time Magazine, qu'il a "toujours été un partisan, un supporter de la solidarité transatlantique". "La France n'est évidemment pas un pays anti-américain. Elle est profondément amie des Etats-Unis" et "n'a pas pour vocation de soutenir un régime dictatorial, ni en Irak ni ailleurs", dit-il.

Désarmer " sans faire couler de sang "

Les Etats-Unis veulent toujours une seconde résolution (Rice)

Les Etats-Unis souhaitent toujours une seconde résolution de l'Onu, mais la rédaction d'un projet de texte n'a pas encore commencé, a indiqué dimanche Condoleezza Rice, la conseillère pour la sécurité du président George W. Bush. "Nous ne voulons pas d'une résolution qui serait en quelque sorte une tactique pour gagner du temps", a toutefois souligné Mme Rice, en indiquant que le désarmement de l'Irak devait intervenir dans un délai calculé "en semaines". Elle avait auparavant indiqué lors d'un autre entretien accordé à la chaîne de télévision NBC que "nous sommes dans une fenêtre diplomatique, mais cela ne peut pas durer encore très longtemps", affirmant qu'il "faut maintenir la pression sur Saddam Hussein".

Et de rappeler avec force que la France et les Etats-Unis n'ont pas "de divergences de vues sur l'objectif : l'élimination des armes de destruction  massive de Saddam Hussein". "Et, pour tout dire, si Saddam Hussein pouvait  disparaître, ce serait certainement le meilleur service qu'il pourrait rendre à  son peuple et au monde", ajoute le président pour qui "cet objectif peut être atteint sans mettre en oeuvre une guerre", dit-il.

"Si l'on désarme l'Irak, l'objectif recherché par les Etats-Unis sera atteint", souligne-t-il. "Et si on le fait, il n'y a pas de doute sur le fait que ce sera dû en grande partie à la présence de l'armada américaine sur place. S'il n'y avait pas eu l'armée américaine, il n'est pas du tout évident que Saddam aurait accepté de jouer le jeu".

"Si l'Irak est objectivement désarmé, ses armes de destruction massive éliminées et que c'est vérifié par les inspecteurs", Jacques Chirac estime que le président américain George W. Bush "pourra dire deux choses : Premièrement,  ‘grâce à mon intervention, l'Irak a été désarmé’ et deuxièmement, ‘je l'ai fait  sans faire couler le sang’". "Dans la vie d'un homme d'Etat, cela compte. Sans faire couler le sang",  insiste-t-il.

Sauf blocage de l’Irak, pas de nouvelle résolution

Jacques Chirac "estime qu'il n'y a pas de raison de faire une nouvelle résolution. Nous sommes dans le cadre de la résolution 1441, poursuivons. Je ne  vois pas ce qu'une nouvelle résolution pourrait apporter de plus", dit-il. Toutefois, si les inspecteurs constataient "des blocages de la part de  l'Irak", il reviendrait au Conseil de sécurité de "prendre sa décision". "Et,  dans cette hypothèse, la France n'exclut naturellement aucune option",  réaffirme-t-il.

Pourquoi Chirac ne veut pas de la guerre

"Parmi les conséquences négatives de cette guerre, il y aurait une réaction de la part de l'opinion publique arabe et musulmane. A tort ou à raison, mais c'est un fait", déclare le chef de l'Etat. "Une guerre de cette nature ne peut pas ne pas donner une forte impulsion au terrorisme. Elle pourrait créer des vocations pour un grand nombre de petits Ben Laden." "Les musulmans et les chrétiens ont beaucoup à se dire. Et ce n'est pas par la guerre qu'on favorisera ce dialogue. Je suis contre le choc des civilisations. Cela fait le jeu des intégristes." "J'ajoute qu'il est très difficile d'expliquer que l'on va dépenser des sommes colossales pour faire la guerre alors qu'il y a peut-être une autre solution et que l'on ne peut pas assumer le minimum de responsabilité dans le domaine de l'aide au développement", remarque Jacques Chirac.

Par A.G. le 16 février 2003 à 15:42
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