© INTERNEL’idée lui est venue un matin, alors qu’il se brossait les dents. "Chaque métier à son propre parler. Des expressions que seuls les initiés peuvent comprendre. Il leur faut un dictionnaire !" Aidé d’une petite équipe d’enquêtrices, Pierre Perret aura mis douze ans pour achever cette entreprise ardue. De l’agriculteur au tenancier de bar en passant par le médecin ou le curé, 145 métiers sont passés en revue. A chaque page, des bijoux linguistiques, tantôt sérieux, tantôt pittoresques. Une idée lumineuse, pour un résultat brillant : plus de 130 000 exemplaires vendus en moins de trois mois.
Plongée au hasard des pages. Page 653, dossier Hôpital : une femme qui " pisse sa côtelette " est…une femme qui accouche. La "halle aux refroidis " ? La morgue. Page 1003, nous atterissons au chapitre Religion. Les cardinaux se font surnommer les "Homards" (référence faite la couleur de leur robe), les sœurs sont des "oies blanches " voire des "pisseuses ". Lorsqu’un prêtre dit qu’il va "faire la grande lessive de printemps ", c’est qu’il s’apprête à entendre de nombreuses confessions. Mais lorsqu’il "époussette les anges " c’est qu’il confesse les religieuses. Page 201, Foot : les amateurs se régaleront. "Mets une soutane" est l’apostrophe favorite lancée à celui qui vient de subir un petit pont, pour l’humilier davantage. "Enlève la caravane", se dit au joueur lent. Dernier petit florilège. "Faxer ses nibards"? avoir peu ou pas de poitrine pour une danseuse. "Bouffer de la salade" ? Avoir une mauvaise diction au théâtre. "Gantés comme des taupes" ? se dit d’un public dont les applaudissements sont feutrés. "Une B.O." ? Une boîte à ossements...pour les croque-morts !
- Le dictionnaire des onomatopées**
Les chansons de Dutronc font crac boum hue, Belmondo entre sur scène avec des toc-toc badaboum, les Affaires du Président de la République font pschitt…. Les onomatopées, expressions imitant les bruits d’une chose ou d’une personne, font parties intégrante de notre mode d’expression orale. Pour certains, comme les scénaristes de bandes dessinées, c’est même leur seul moyen d’expression. Tous ces mots ont désormais leur propre dictionnaire. S’il est certes, plus austère que celui de Pierre Perret, il n’en est pas moins original et instructif.
Ainsi peut-on découvrir au fil des pages que chaque langue possède son propre matériel phonologique. Le cocorico français devient un kikeriki allemand et un cock-a-doodle-do anglais. On s’étonnera par ailleurs d’apprendre que les onomatopées évoluent aussi avec le temps. Ainsi, si les grenouilles faisaient moüac dans l’ancien temps, elles font coa maintenant ; les chevaux ne galopent plus en faisant patata, patata, mais tagada. Classées alphabétiquement, toutes ces onomatopées font l’objet d’un traitement lexicographique complet et sont accompagnées d’une série d’exemples extraits souvent très drôles de textes littéraires des 19è et 20è siècles. L'ouvrage vient de sortir, mais il est à parier qu'il sera un succès.
*Le parler des métiers, Pierre Perret, Robert Laffont, 1185 p., 50€
**Dictionnaire des onomatopées, Pierre Enckell et Pierre Rezeau, PUF, 512p. 32€
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