Jean-Marie Colombani dénonce un "procès fabriqué"

Par Philippe MATHON, le 28 février 2003 à 17h44 , mis à jour le 28 février 2003 à 18h27

Sans répondre précisément aux accusations, il confirme que "la justice sera saisie des innombrables injures et contre-vérités qui étayent le livre" de Pierre Péan et Philippe Cohen.

colombani péan © INTERNE

L'attente était grande : pour la première fois depuis la sortie du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, le patron du Monde avait accepté de s'expliquer sur les terribles accusations qui secouent le quotidien du soir depuis près de dix jours. Déception : Jean-Marie Colombani a semble-t-il décidé de réserver ses arguments à la justice. Il est vrai que le support proposé - un chat sur le site internet du Monde - n'était sans doute pas l'outil idéal pour traiter les questions dans le détail. Seuls vingt-quatre heureux ont obtenu réponse parmi 1800 questions envoyées.

Quinze heures, la discussion commence. Certains - comme les journalistes de l'AFP qui se fendent d'une dépêche pour regretter la "saturation" du forum - ont du mal à se connecter. Les premières questions tombent. (…) La portée générale des contributions sélectionnées rend difficile toute réponse précise. Très vite, Jean-Marie Colombani décoche quelques flèches à l'encontre des auteurs du livre. Il dénonce un "procès fabriqué" et affirme que "tout", dans La Face cachée du Monde "est démontable" et que "tout est contestable".

Les passages du livre sur la famille des dirigeants du quotidien ? "Des procédés dignes de certaines méthodes de l'entre-deux-guerres qui devraient suffire à disqualifier les auteurs". Le Monde transformé en lobbyiste rémunéré par le "gratuit" 20 minutes ? "Comme le reste du livre, un chapitre biaisé". Son salaire évalué à 35. 000 euros mensuels ? "Comme j'aimerai pouvoir [leur] donner raison !", raille-t-il sans toutefois répondre sur le fond, préférant ironiser sur le "bon coup financier de l'éditeur", Fayard. "La justice sera saisie des innombrables injures et contre-vérités qui étayent ce livre", confirme-t-il simplement.

"Le Monde, un rempart contre la marchandisation de l'information"

Le patron du Monde a eu des mots durs à l'égard de l'un des "témoins de moralité des auteurs du livre", Roland Dumas. "Il reste selon nous celui qui a confessé devant un juge une fraude fiscale dont, ni vous ni moi, ne serait sorti indemne".

Niant constituer un quelconque "pouvoir" comme Pierre Péan et Philippe Cohen l'en accusaient, Jean-Marie Colombani assume le fait que son journal joue "probablement" un rôle de "contre-pouvoir". Nous sommes "le premier rempart contre la marchandisation de l'information", assure-t-il. Et de rappeler le credo de son journal : "L'objectivité est un idéal inatteignable. Ce que propose Le Monde, c'est l'honnêteté dans l'expression de sa subjectivité". Interrogé sur la "dérive médiatique" du journal, Jean-Marie Colombani s'est déclaré "preneur d'une réflexion de fond". "Comme nous sommes preneurs de discussions approfondies sur les erreurs que nous aurions pu commettre", ajoute-t-il dans ce que certains pourront considérer comme une ébauche de mea culpa. Avant de conclure sur un étrange "Comme disait André Malraux, Dieu reconnaîtra les siens". Réaction de Francoisj2001 : "Voilà qu'il en appelle à Dieu lui aussi. Il se prend pour Bush !". Sauf qu'entre Le Monde et ses détracteurs, c'est sûr, la guerre aura bien lieu.

Par Philippe MATHON le 28 février 2003 à 17:44
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