© INTERNEAu Monde, ça doit sentir le Stabylo. Après avoir annoncé mercredi le dépôt de plusieurs plaintes en diffamation suite à la publication de La face cachée du Monde, la direction du quotidien a reçu jeudi le soutien de sa rédaction qui s'est dit "attaquée, diffamée, insultée". Le conseil d'administration de la société des rédacteurs du Monde s'est déclaré "déterminé à riposter" et dit ne pas "exclure un recours en justice".
De l'avis de tous les observateurs, le volet judiciaire de cette guerre ouverte sera un "beau procès", une "belle bataille", "un choc frontal". "Un procès entre deux entreprises de presse est exceptionnel", relève maître Christophe Bigot, spécialiste du droit de la presse.
Les conflits entre médias obéissent à des règles spécifiques. Avec un principe de base : il peut y avoir autant de procès que de moyens de publication. C'est pourquoi Le Monde a annoncé le dépôt de plaintes en diffamation contre "les deux auteurs, les éditions Mille et une nuits, l'éditeur Claude Durand, L'Express et son directeur, Denis Jeambar". Une réaction maximaliste mais juridiquement irréprochable. "Dès l'instant où l'Express publie les bonnes feuilles d'un livre, cela constitue un moyen de publication distinct et autonome susceptible d'être diffamatoire", explique Me Bigot. L'Express aura également à répondre de la publication des extraits du livre sur son site Internet, la toile constituant également un autre suport.
"Faire un gros barouf de cette histoire"
Dans un premier temps, les dirigeants du Monde et leur avocat vont s'atteler à sélectionner les passages jugés diffamatoires. Au vu de la "charge" de Pierre Péan et Philippe Cohen, ils ne devraient avoir aucun mal à trouver matière. "Le rôle d'Alain Minc avec Balladur, les relations de Plenel avec un syndicat policier ou les falsifications des comptes du Monde, ces accusations sont objectivement diffamatoires", relève maître Basile Ader, autre spécialiste des affaires de presse.
Les dirigeants du Monde auront le choix entre deux actions : civile ou pénale. La première a l'avantage de la rapidité, la seconde donne un sens solennel et infamant à la procédure. "Ils vont certainement aller au pénal pour faire un gros 'barouf' de cette histoire", assure Basile Ader. Les parties adverses auront alors dix jours pour apporter leurs preuves par écrit. Ensuite, Le Monde disposera de cinq jours pour fournir les preuves contraires. Ensuite, plus rien. L'audience contradictoire ne se déroulera que dans six à neuf mois, en raison de l'engorgement de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.
"Ils vont demander beaucoup d'argent"
Quelle stratégie va adopter Le Monde ? Une action a minima pour obtenir un euro symbolique ? Une attaque beaucoup plus vive ? "Ils vont essayer d'asphyxier l'éditeur et les auteurs en demandant beaucoup d'argent", parie un familier de ce genre de joute.
Pour Me Bigot, "le droit de la presse est subjectif de A à Z". "Généralement, les condamnations vont de 1 euro à 15. 000 euros. Au-delà, les cas sont assez exceptionnels. Le juge évalue le préjudice de manière arbitraire : un préjudice moral, c'est le prix de l'honneur, de la douleur… Chaque juge a sa vision des choses", explique-t-il. Même si ce n'est pas inscrit noir sur blanc dans les textes, les dirigeants du Monde peuvent avancer que leur préjudice est aggravé du fait du nombre d'exemplaires vendus de La face cachée du Monde. En une seule journée, près de 60. 000 ont trouvé preneur, amenant les éditions Mille et une nuits à faire réimprimer d'urgence 100. 000 nouveaux exemplaires. En attendant la décision judiciaire, le livre de Pierre Péan et Philippe Cohen sera peut-être devenu l'un des plus grands best-sellers de l'année.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




