Le procès Hakkar, une première judiciaire

Par Philippe MATHON, le 19 février 2003 à 06h52 , mis à jour le 19 février 2003 à 11h40

Fait inédit, une juridiction européenne impose à la France de faire rejuger une affaire définitivement réglée.

Abdelhamid Hakkar proces justice © INTERNE

Condamné le 10 décembre 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine incompressible de 18 ans par la cour d'assises de l'Yonne pour le meurtre d'un policier, Abdelhamid Hakkar, un Algérien de 47 ans, aura droit à un nouveau procès. Présenté comme dur et "pervers" par les policiers, il a passé huit des dix huit années de sa détention en quartier d'isolement et a été changé d'établissement pénitentiaire à de nombreuses reprises. Il est actuellement détenu à Fresnes (Val-de-Marne). Son procès s'achèvera le vendredi 28 février.

Mis en cause par plusieurs témoins lors du procès, Abdelhamid Hakkar a, à l'époque, nié les faits et s'est livré à une guérilla de procédure avant et pendant son premier procès, récusant successivement plusieurs avocats, avant d'être finalement jugé et condamné en son absence et sans défenseur. C'est sur ce point que le Conseil de l'Europe a estimé que l'accusé n'avait pas bénéficié d'un procès équitable. Au contraire, les magistrats français estiment qu'Abdelhamid Hakkar a lui-même provoqué le problème, la cour d'assises de l'Yonne ayant respecté ses droits en acceptant une première fois de renvoyer son procès.

Papon, prochain "bénéficiaire" ?

Jusqu'alors, les condamnations de la Cour européenne des droits de l'Homme n'entraînaient qu'une indemnisation financière, ce qui a provoqué de vives tensions entre la France et le Conseil de l'Europe. Aujourd'hui, le bras-de-fer semble avoir été définitivement perdu par la France, soumise au droit communautaire.

Le dossier Hakkar pourrait prochainement bénéficier à d'autres condamnés, notamment l'ancien haut fonctionnaire de Vichy Maurice Papon condamné pour "complicité de crimes contre l'humanité" et qui a lui-même fait condamner la France à Strasbourg en juillet 2002 en raison du non-examen de son pourvoi en cassation.

Photo AFP : Abdelhamid Hakkar (photo non datée)

Par Philippe MATHON le 19 février 2003 à 06:52
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