Soupçons de trafic de poisson autour de Concarneau

Par P.M. (Avec AFP), le 17 février 2003 à 10h18 , mis à jour le 17 février 2003 à 17h39

L'enquête des gendarmes aurait mis à jour l'existence d'un très important marché parallèle de poissons haut de gamme. Plusieurs centaines de marins se seraient livrés au délit.

concarneau peche trafic © INTERNE

Il y a de la "gratouille" sur la godaille. Cette coutume ancestrale, qui permet aux marins de retour au port d'emporter une petite part du poisson pêché pour une consommation familiale, aurait connu quelques abus du côté de Concarneau (Finistère) et de sa région. C'est en tout cas le sentiment des hommes de la brigade de recherche de la gendarmerie maritime de Lorient. Après plus d'un an d'enquête, ceux-ci ont le sentiment d'avoir mis au jour un vaste trafic de poisson portant sur plusieurs millions d'euros. "Pour certaines entreprises, on est au-delà des 100 tonnes détournées", souligne Hervé Jeantet, responsable de l'armement Delhemmes et président du syndicat des armateurs à Concarneau, qui a déposé plainte pour vol avec constitution de partie civile.

Le poisson volé, des espèces haut de gamme (lotte, rougets...) était détourné du circuit commercial des criées. Selon Hervé Jeantet, "l'ensemble des entreprises de pêche de Roscoff jusqu'à Lorient voire un peu plus au sud ont été touchées". Le prélèvement illégal du poisson était réalisé "à partir d'un système très élaboré reposant sur des complicités actives et passives" permettant d'échapper aux contrôles.

Un trafic "bien huilé"

A l'origine de la découverte de ce trafic présumé, les enquêteurs ont constaté les étranges allers et venues d'un chauffeur de taxi concarnois qui convoyait chez un mareyeur d'importantes quantités de poisson hors criée. Après plusieurs mois de filature et de planques, le chauffeur était pris en flagrant délit de transport "au noir" de 400 kilos de poisson livrés à Etel (Morbihan), à près de 80 kilomètres de là, pour le compte de marins pêcheurs de Concarneau. Un procédé "bien huilé, bien installé", selon la substitut du procureur de Lorient. "La lessiveuse à poissons se trouvait à Etel. Ca paraît incroyable qu'un mareyeur puisse se fournir en aussi grande quantité sans payer ni droits ni taxes créant ainsi une importante distorsion de concurrence", ajoute Hervé Jeantet.

Les enquêteurs ont saisi chez le mareyeur une comptabilité comprenant les noms de quelque 300 marins qui se livraient au trafic portant sur des tonnages "phénoménaux".

         Un "coup de poignard" pour les pêcheurs

La CFDT-marins dénonce un "joli prétexte" et un "coup de poignard dans le dos" des pêcheurs après la plainte des deux principaux armements de Concarneau. Interrogé sur Europe 1, le secrétaire national de l'Union maritime CFDT et président du comité local des pêches de Lorient (Morbihan), Jean-Marc Barrey, a noté que la révélation de cette affaire "arrive à un moment où les armateurs veulent partir" du port de Concarneau.

"C'est un joli prétexte. Aujourd'hui, les deux armateurs ont la possibilité de dire: Vous voyez bien, on est obligés de quitter Concarneau, tout le monde nous vole, les marins nous volent", a déclaré M. Barrey. "On les (les marins-pêcheurs, NDLR) laisse tomber et on leur porte un coup de poignard dans le dos en dénonçant le trafic".

 

Par P.M. (Avec AFP) le 17 février 2003 à 10:18
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