© INTERNEOn leur a expliqué qu'ils avaient "tout à y perdre". On les a accusés de faire "le jeu des Américains", on leur a raccroché au nez, refusé nombre de demandes d'interviews. Irène Inchauspé et Rémy Godeau, respectivement journalistes au Point et au Figaro, ont malgré tout mené leur enquête. Qui ne portait pas sur un sujet a priori ultra-sensible. Et pourtant…
610 millions d'euros
Dans Main basse sur la musique, les deux journalistes se sont penchés sur la SACEM, Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Une institution puissante, qui collecte "avec une redoutable efficacité plus de 60% des droits d'auteurs en France, soit un pactole de près de 610 millions d'euros par an". Une institution secrète, dirigée pendant quarante ans par un homme "habité par une puissante logique de possession", Jean-Loup Tournier. Une institution vieille d'un siècle et demi, dans l'histoire de laquelle on peut "croiser Maurice Ravel, Charles Trénet et Jean-Jacques Goldman, Goebbels, Jean Zay et Jack Lang".
Au fil de cette enquête minutieuse, les auteurs évoquent ainsi des détournements de fonds, des héritages troubles, des luttes politiques. On y découvre la puissance de la SACEM qui a, pendant des années réussi à influencer différents ministres de la Culture pour éviter un contrôle de ses comptes. On y apprend, justement, quelles zones d'ombres demeurent autour de ces comptes. La SACEM vit "dans l'opulence", alors que "plus de neuf sociétaires vivants sur dix gagnent moins que le SMIC". Elle affiche des frais de gestion de 15,2%, alors qu'ils se montent à 23,72%, et que ceux de son équivalent britannique sont de 11,3% seulement.
Conservatisme
Loin d'être une attaque gratuite de la SACEM, Main basse sur la musique est le récit pointu d'une institution profitant d'un principe inaliénable (le droit d'auteur) se refuser à toute coercition et toute intervention extérieure.
Pour les auteurs de l'enquête, la SACEM est nécessaire, une institution à préserver. Mais Jean-Loup Tournier, qui l'a dirigée pendant quarante ans, l'a fossilisée, figée dans ses privilèges et son statut. "Il n'a pas vu que l'époque avait changé, que les critiques doivent être écoutées lorsqu'elles font l'objet d'un consensus, que la transparence est une exigence incontournable des sociétés modernes".
Or, ces exigences de souplesse et de transparence sont plus que jamais de rigueur : le livre se termine sur les bouleversements que la révolution numérique promet de déclencher. Plus que jamais, le droit d'auteur va devoir s'adapter aux révolutions en cours. Et la SACEM avec lui.
Main basse sur la musique, Irène Inchauspé et Rémy Godeau, Calmann-Lévy, 17€
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