© INTERNEIl aura fallu trois jours aux organisateurs des manifestations parisiennes contre la guerre pour condamner les agressions antisémites commises samedi dernier, en marge du cortège. Un retard qui vient s'ajouter au malaise ressenti par certains devant la tournure prise par le dernier rassemblement, à la tonalité plus pro-palestienne que pacifiste.
Rappel des faits. Samedi, selon plusieurs témoins, une dizaine de jeunes maghrébins quittent brutalement le cortège de la manifestation aux alentours du boulevard Beaumarchais. Ils se dirigent vers des jeunes, coiffés de la kippa aux cris de "Y a des juifs, y a des juifs là-bas !". A côté de là se trouve en effet le local de l'association juive Hashomer Harzaïr qui milite pour la paix au Proche-Orient. Des individus brandissant des drapeaux palestiniens se jettent alors sur un jeune et le tabassent, en criant "Sale youpin, tu vas crever", "Allah akbar". Il se relève, la tête pleine d'ecchymoses. Trois autres jeunes auraient par ailleurs été agressés. A l'intérieur du local de l'association, personne n'ose ouvrir la porte. Et le service de sécurité d'un mouvement propalestinien n'intervient pas, évoquant une "bagarre avec le Bétar" (un groupe de jeunes juifs extrémistes). Une partie des incidents a été filmée par les caméras de Digipress.com. Et la 1ere division de la police judiciaire tente aujourd'hui d'identifier les agresseurs grâce à deux vidéos.
Plus loin dans le cortège, un journaliste de Libération a assisté à une autre scène de violence antisémite. Place de la Nation, deux manifestants brandissent un immense drapeau américain avec, à la place des étoiles, une croix gammée aux couleurs d'Israël. Et lorsque un étudiant juif tente de protester, il est bousculé par une dizaine de jeunes beurs et frappé à la tête.
L'émotion de Delanoë
Ces actes antisémites provoquent une gêne à gauche, très en pointe dans la mobilisation contre la guerre. Lundi après-midi, Bertrand Delanoë est venu apporter son soutien aux jeunes juifs agressés, au siège de leur association Hachomer Hatzaïr. Accueilli notamment par le président du CRIF, Roger Cukierman, il s'est déclaré "bouleversé", indiquant avoir participé à la manifestation de samedi, mais n'avoir été prévenu de l'agression que lundi matin.
Mardi, toutes les composantes de la manifestation, des partis (PS, PCF, Verts) aux organisations comme le Mouvement de la Paix, ont réagi. "On est tous d'accord, il n'y a aucun débat là-dessus", affirme Arielle Denis, co-présidente du Mouvement de la Paix. Elle reconnaît "une très forte sensibilité vis-à-vis de la Palestine et d'Israël" au sein du mouvement, mais estime que les positions anti-sionistes restent un phénomène "marginal".
Reconnaissant certaines dérives dûes à l'ampleur de ces manifestations, le PS n'a pas prévu de se désolidariser du Mouvement pour la Paix. Pour l'instant.A droite, c'est Nicolas Sarkozy qui a réagi mardi après-midi devant les députés : "Je voudrais dire l'émotion du gouvernement devant l'agression inadmissible et scandaleuse dont ont été victimes un certain nombre de jeunes par le seul fait qu'ils étaient juifs. On ne peut accepter des comportements de cette nature". Le ministre de l'Intérieur a toutefois rendu hommage aux organisateurs des différentes manifestations anti-guerre en France, "qui se sont déroulées pour l'essentiel dans le calme".
Retour MYTF1
Chargement en cours...




