Elf : Une bataille procédurale sans Le Floch

Par Philippe MATHON, le 17 mars 2003 à 20h28 , mis à jour le 18 mars 2003 à 15h38

Fragilisé psychologiquement et physiquement, l'ancien Pdg du groupe pétrolier, personnage central du procès, est resté dans sa cellule de Fresnes.

ElfFondé en 1966 à l'initiative du général de Gaulle, le groupe pétrolier est devenu au fil des ans l'une des premières sociétés françaises par le chiffre d'affaires. Aujourd'hui privée, TotalFinaElf est partie civile au procès. © INTERNE

C'est une première journée qui fleure bon la rentrée des classes. En début d'après-midi, lundi, les prévenus arrivent, la mine visiblement décontractée. Leur "escorte" est impressionnante : près d'une centaine d'avocats s'entassent à leur tour dans la (trop) petite salle de la première chambre civile. Certains d'entre eux, les plus chanceux, sont aux côtés de leur client. D'autres sont relégués, debout, au fond de la salle, faute de place. Mais tous prennent le temps de converser avec leur voisin. Et le brouhaha s'installe durablement. Si bien que certains n'entendent même pas l'entrée de Michel Desplan, l'homme qui va présider les débats durant plus de quatre mois.

Le magistrat ne s'en laisse pas compter et s'empresse de faire cesser le désordre ambiant. Prenant des accents d'instituteur, il procède à l'appel des prévenus. Avocats comme prévenus répondent "présent !" au prononcé de leur nom. Une douce hilarité s'installe. A la fin de l'appel, une constatation : sur les trente-sept personnes appelées à comparaître, cinq manquent à l'appel. Au premier chef duquel Loïk Le Floch-Prigent, ancien Pdg d'Elf de 1989 à 1993 et principal accusé au procès, actuellement détenu à la maison d'arrêt de Fresnes - détention confirmée lundi par la cour d'appel. Selon ses avocats, leur client souffre d'un "psoriasis" qui s'est aggravée en prison. Il pourrait tout de même assister aux prochaines audiences.

Manquent également à l'appel les trois "fuyards" : l'ancien espion français Pierre Léthier, l'homme d'affaire britannique Nadhmi Auchi et de son bras droit Nasir Abid. Absent, enfin, l'ancien professeur de golf de François Mitterrand, le docteur Laurent Raillard, 77 ans, qui souffre de "difficultés cognitives qui ne lui permettent pas de comprendre l'enjeu des débats", selon les dires de son avocat.

Attaques tous azimuts

Les trente-deux autres prévenus sont là : anciens cadres de la société, hommes d'affaires ou intermédiaires, tous portent de stricts costumes-cravates et doivent se contenter de simples chaises en plastique pour s'asseoir. Les "stars" du procès ne font pas défaut : Alfred Sirven, 76 ans, ancien "directeur des affaires générales" d'Elf, écroué depuis plus de deux ans mais toujours très bronzé, André Tarallo, 75 ans, ex-"M. Afrique" du géant pétrolier et le fringant André Guelfi, 83 ans, dit Dédé-la-Sardine, intermédiaire proche de Charles Pasqua.

Lors de cette première journée d'audience, les avocats se sont livrés à une longue bataille procédurale, réclamant le report du procès faute d'avoir eu le temps nécessaire de préparer la défense de leur client. Argument rejeté par le tribunal correctionnel de Paris. D'autres avocats demandent la levée du secret-défense sur certains documents, la transmission des dossiers d'enquêtes réalisées en Suisse ou invoquent des vices de procédure. Autant de moyens de défense que les juges examineront à l'issue du procès, au moment de leur délibéré.

Mardi, les débats se poursuivront sur l'interrogatoire de personnalité des prévenus et une présentation de la société pétrolière.

Par Philippe MATHON le 17 mars 2003 à 20:28
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