© INTERNEC'est un procès historique. Monumental. L'aboutissement d'une instruction-fleuve de plus de huit années. Le procès Elf qui s'est ouvert aujourd'hui et pour quatre mois n'a rien de commun avec son "petit frère", le volet "Roland Dumas" dont le jugement d'appel a été rendu à la fin du mois de janvier. Le rideau s'est levé en l'absence, pour raison de santé, de Loïk Le Floch-Prigent, mais en présence notamment des deux autres principaux prévenus, Alfred Sirven et André Tarallo. Par ailleurs, la Cour d'appel de Paris a rejeté une nouvelle demande de remise en liberté de l'ancien pdg du groupe Elf.
Pour ce nouveau rendez-vous judiciaire, les débats tenteront de faire la lumière sur les pratiques inavouables du groupe Elf entre 1989 et 1993 et les milliards de francs détournés de leur objet. Versement de commissions faramineuses, corruption de certains chefs d'Etat, comptes offshore et enrichissement personnel : les exemples foisonnent dans les 45. 000 pages du dossier d'instruction des juges Joly, Vichnievsky et Van Ruymbeke. Plus précisément, c'est la présidence d'un homme qui est pointée du doigt, celle de Loïk Le Floch-Prigent, à une époque où Elf était encore la propriété de l'Etat. Les efforts déployés par les enquêteurs n'ont pu permettre d'établir l'existence d'un financement politique. Les hommes politiques sont les grands absents de ce procès historique.
Villas, appartements, bijoux…
Trente-sept personnes auront à répondre des accusations contenues dans les 655 pages de l'ordonnance de renvoi. Au premier chef duquel Loïk Le Floch-Prigent. L'homme, aujourd'hui âgé de 59 ans et détenu à la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne), est accusé d'abus de biens sociaux (ABS) à des hauteurs vertigineuses : 183 millions d'euros, soit environ 1,24 milliard de francs. En outre, il devra s'expliquer sur les conditions dans lesquelles son bras droit, Alfred Sirven, a été amené à financer pour lui l'achat d'un appartement à Paris (acheté pour 9,3 millions de dollars) ou à faire payer son divorce par le groupe Elf (5,2 millions d'euros, soit environ 34 millions de francs).
Placé au cœur du "système" de caisses noires mis en place par le groupe, Alfred Sirven, 76 ans, ancien "directeur des affaires générales" d'Elf - actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de la Santé -, est poursuivi pour des recels d'ABS à hauteur de 168 millions d'euros, soit 1,13 milliard de francs. Initialement destinées à rémunérer des tiers, les sommes détournées sur ses comptes (exprimées en francs dans le dossier) ont aussi servi à ses propres dépenses : villa à Ibiza (12 millions), château dans l'Indre (21 millions), bijoux (42 millions), meubles et objets d'art (78 millions).
Personnalités africaines "rémunérées"
Comparaissant libre, André Tarallo, 75 ans, le "Monsieur Afrique" du groupe, devra également s'expliquer sur les soupçons d'enrichissement personnel qui pèsent sur lui, notamment l'achat d'un appartement parisien de 400 m2 (45 millions de francs) ou d'une villa pharaonique en Corse (près de 62 millions de francs). Au final, tous trois jouent gros : 10 ans de prison au maximum pour Alfred Sirven et André Tarallo, 5 ans pour Loïk Floch-Prigent.
Ce procès retentissant sera l'occasion d'évoquer les relations ambiguës entretenues par Elf avec certains chefs d'Etat africains. Dans l'ordonnance de renvoi signée par le juge Renaud van Ruymbeke, l'accusation se fait précise : Elf "avait mis en place un système opaque de versement de commissions destinées à rémunérer, via des intermédiaires, des personnalités africaines, dans le cadre de sa politique pétrolière". Les noms des président Bongo (Gabon), Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) ou Dos Santos (Angola) seront notamment évoqués aux débats. Mais aucun n'est poursuivi, les commissions versées pour l'obtention de contrats à l'étranger n'étant pas de nature délictuelle au moment des faits.
Photo AFP : MM. Le Floch Prigent, Sirven et Tarallo.
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