© INTERNELe mari ou la femme trompés d'un côté, l'amant ou la maîtresse de l'autre. Dans l'imaginaire populaire, conforté par le théâtre de boulevard, c'est le triptyque classique du crime passionnel. Est-ce toujours aussi simple, voire simpliste, que cela ? Non. Dans son livre "Crimes passionnels", Véronique Lesueur-Chalmet met en exergue neuf cas à la réalité bien complexe.
Relatées au présent, dans un style journalistique vif mais néanmoins romancé, les affaires ont la longueur d'une nouvelle. Illustrées de photos ou d'extraits de journaux d'époque, elles mettent en scène des personnalités (Joseph Caillaux, ministre de la IIIe République) ou des inconnus. Si le schéma reste le même ("le crime passionnel est motivé par la volonté de prolonger une histoire"), le modus operandi est différent.
"Appartenir pour l'éternité"
Ainsi quoi de commun entre Henriette Caillaux, la seconde épouse de Joseph Caillaux, et "Margot la Poison" ? La première, ulcérée par la campagne de diffamation menée par Le Figaro contre son mari, alors ministre des Finances et "inventeur" de l'impôt sur le revenu, se présenta dans le bureau de Gaston Calmette, le patron du journal, avant de vider le chargeur de son revolver. "J'ai tué Calmette pour lui apprendre à vivre" lance-t-elle au procès. Verdict : acquittement.
De son côté, "Margot la Poison" écopera finalement de quinze ans de prison. Son crime : avoir empoisonné à petite dose sa cousine Annette. Elle était jalouse de la voir épouser puis vivre avec un homme à quelques kilomètres de son domicile. Dans "son esprit malade, elle devait lui appartenir pour l'éternité". Aucun repentir lors du procès, elle a tué "par amour".
"Le drame épique de l'amour n'a plus cours"
Tous les faits divers répertoriés ont eu lieu dans la première moitié du siècle dernier. L'explication ? "Avec la révolution sexuelle, l'évolution des mœurs, la libération de la femme et surtout, la banalisation du divorce, les crimes passionnels semblent devenus beaucoup moins fréquents" explique l'auteur. Y aurait-il alors une diminution des meurtres ? Pas du tout. "Le crime passionnel est supplanté par son sordide avatar, le crime domestique. On tue pour se venger". "Le grand drame épique de l'amour n'a plus cours…" conclut Véronique Lesueur-Chalmet.
"Crimes passionnels. De Casque d'or à Margot la Poison, l'amour à mort", Véronique Lesueur-Chalmet, Le Pré aux Clercs, 135 pages, 16 €
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