Elf : "M. Afrique" et la "caisse d'épargne" d'Omar Bongo

Par Philippe MATHON, le 09 avril 2003 à 22h24 , mis à jour le 09 avril 2003 à 22h33

Interrogé sur ses dépenses faramineuses, André Tarallo, l'ancien numéro 2 d'Elf, a affirmé qu'il s'agissait des fonds du président gabonais. Il a nié tout enrichissement personnel au détriment du groupe pétrolier.

affaire elf andre tarallo © INTERNE

Pendant de très longues années, André Tarallo (au centre sur la photo) et le président du Gabon, Omar Bongo, étaient de très grands amis. A tel point que le premier a longtemps été "conseiller spécial" du second pour "5 à 10 millions de francs par an" en même temps qu'il présidait l'ensemble des filiales d'Elf en Afrique, dont Elf-Gabon. Drôle de mélange des genres. "Le président Bongo avait une très grande confiance en moi, assure André Tarallo à la barre. Je n'aurai jamais eu l'idée de le trahir".

Lors de cette audience, mercredi, le président Desplan cherche à savoir si les dépenses pharaoniques du "Monsieur Afrique" d'Elf sont – ou non - le fruit de détournements de fonds aux dépens du groupe pétrolier comme le pensent les juges d'instruction qui l'accusent de recels d'abus de biens sociaux à hauteur de 45 millions d'euros. L'intéressé nie ne bloc. "Je maintiens que l'argent utilisé provenait du seul président Bongo", dit-il, affirmant avoir agit en simple "mandant" du chef d'Etat africain. Autrement dit : il gérait l'argent appartenant au président du Gabon et non à Elf. L'accusation de détournements tomberait, donc.

Face au regard perplexe du président du tribunal Michel Desplan, André Tarallo "replace les choses dans leur contexte". "En 1990, explique-t-il, il y eut une crise de confiance entre la France et certains pays d'Afrique, notamment le Gabon. Ces pays se sont demandés s'ils n'avaient pas été lâchés par Paris. Des manifestations très violentes se sont produites à Port-Gentil (lieu des installations gabonaises d'Elf, ndlr). Le président Bongo s'est demandé s'il allait rester au pouvoir ou devoir quitter le pays. L'idée nous est alors venue de créer un recours, une sorte de caisse d'épargne tout à fait confidentielle en cas de malheur". Une caisse d'épargne bien remplie, alors.

"Vous le receviez dans l'appartement qui lui appartenait !"

André Tarallo entame sa fièvre acheteuse par un magnifique appartement du quai d'Orsay, à Paris. Un logement de 400 m2 sur trois niveaux acquis en 1993 pour la modique somme de 13 millions de francs auxquels il faudra ajouter 27 millions de travaux. Problème : le bien a été payé en partie à l'aide des comptes "Centuri" - du nom de sa ville de naissance, en Corse - et "Colette", le prénom de son épouse. Deux comptes qui, selon la justice, auraient été alimentés par de l'argent provenant d'Elf. "J'habitais déjà à cette adresse mais au premier étage. Le président Bongo est venu dîner à plusieurs reprises chez moi. Il a beaucoup aimé l'endroit. Quand l'occasion s'est produite d'acheter le sixième étage, il en était d'accord". Le président Desplan s'impatiente. "Qui en est le propriétaire ?" Tarallo : "Le propriétaire de fait, c'est monsieur Bongo et le propriétaire de droit, c'est moi". "Omar Bongo a déjà séjourné ici, lui ou des personnalités gabonaises ?" "De fait, ça ne s'est pas produit, répond Tarallo, gêné. Le président bongo avait fait en sorte que l'appartement soit pour sa fille". Problème : elle non plus n'y a jamais mis les pieds. Une seule personne a habité l'appartement : André Tarallo. "Je suis résident à Genève. Quand j'étais en France, j'allais dans cet appartement". Au cours de l'après-midi, il avouera même occuper aujourd'hui encore le logement…

Faussement naïf, Michel Desplan s'étonne du "peu de curiosité" du président Bongo présenté comme le propriétaire des lieux par Tarallo. "Lorsqu'on est séduit par l'endroit, on a qu'une envie : pendre sa crémaillère !". "Oh, vous savez, le président Bongo a beaucoup d'appartements à Paris… Et puis, quand il vient à Paris, il descend à l'hôtel Crillon". "En fait vous le receviez dans l'appartement qui lui appartenait", ironise le président.

"J'ai respecté la loi littoral…"

Le tribunal examine ensuite la maison de 1.300 m2 à l'extrême sud de la Corse, dans le golfe de Bonifacio. Et là encore, l'ombre du président Bongo plane au-dessus des débats. "Le président m'a aidé pour faire la chose la plus emblématique de ma carrière", explique Tarallo. Emblématique ou féerique ? La maison est un exemple de raffinement : pierre de Venise et granit rose de Bretagne, sols couverts de dalles de terre cuite du 18e siècle, piscine de 160 m2, une balnéo taillée dans du marbre, un jardin immense avec des essences rares et un gazon spécial qui résiste au soleil… Un coût total de 65 millions de francs et une maison aujourd'hui estimée à 152 millions de francs (23 millions d'euros). Face à la description ravageuse du président du tribunal, Tarallo tente l'humour : "C'est un beau coin du bord de mer. Je tiens à dire à cette occasion que j'ai respecté la loi du littoral".

Question du tribunal : à qui appartient ce palais ? "C'est MA villa", admet André Tarallo. Il assure l'avoir fait construire avec des fonds prêtés par Omar Bongo pour y recevoir et créer "une fondation franco-africaine".En aucun cas la villa n'était pour sa famille. "J'ai souhaité retourner dans mon pays d'enfance, Bonifacio, et maintenir mes relations avec l'Afrique". Au passage, il affirme que les dirigeants d'Elf étaient parfaitement au courant de son initiative. "Philippe Jaffré et Geneviève Gomez (qui ont succédé à le Floch-Prigent à la tête du groupe pétrolier) sont venus sur place pour voir le site et les plans de construction" soutient-il. Information confirmée ensuite par Le Floch. Si un jour André Tarallo et Le Floch-Prigent venaient à être condamnés, ils aimeraient sans doute ne pas être les seuls.

  • L'Ecureuil épinglé pour "Doubl'ô"

    Selon la Direction des Fraudes, les Caisses d'Epargne se sont rendues coupables de "publicité trompeuse" en vantant les mérites de ce produit de placement qui promettait un doublement du capital investi en six ans.

    Publié le 06/07/2010 L'Ecureuil épinglé pour "Doubl'ô"
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Par Philippe MATHON le 09 avril 2003 à 22:24
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